Ë PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
Panama, 1.300 millions souscrits presque uniquement par
de petits capitalistes, n’a ruiné que peu de gens (1).
Ces sociétés ont d’ailleurs, pour attirer les capitalistes
grands ou petits, d’autres modes de participation que l’action
ordinaire. Aux capitalistes prudents qui cherchent surtout
la sécurité du placement et la régularité du revenu, elles
offrent des obligations, qui diffèrent de l’action (leur valeur
étant généralement la même que celle de l’action, 500 fr.)
en ce qu’elles donnent droit à un revenu fixe qu’on appelle
intérêt, lequel est toujours payé, que l’année soit bonne ou
mauvaise. L’obligataire est donc un vrai créancier qui ne
court de risques qu’au cas où la société deviendrait insol-
vable et, même en ce cas, il serait payé avant l’actionnaire.
Inversement, aux capitalistes plus aventureux, la plupart des
sociétés offrent des parts de fondateur qui ne donnant droit
à une part des profits qu’au-delà d’un certain chiffre et seule-
ment après les actions, ne conviennent qu’à ceux qui ont
une foi à longue échéance dans l’avenir de l’entreprise.
Ces sociétés par actions ont pris par tout pays un dévelop-
pement prodigieux, à tel point qu’elle tendent à devenir le
mode normal de la production. Chaque année des millers de
sociétés par actions sont créées, et aujourd’hui elles repré-
sentent des centaines de milliards de capitaux. Il est vrai
que toutes ne sont pas des entreprises nouvelles, beaucoup
ne sont que des entreprises individuelles déjà existantes et
qui trouvent avantage à se transformer en sociétés.
La société par actions a généralement un autre caractère
qui sert également à la qualifier : elle est anonyme, ce qui
veut dire qu’elle n’est point une association de personnes,
comme les associations de travail ou les coopératives du
(1) On est done loin d'Adam Smith qui disait de cette forme d'entreprise :
« la société ne convient qu'aux travaux routiniers, uniformes, tels que
banques, assurances, transports, canaux, approvisionnements d'eaux ».
Que ne met-on pas en actions aujourd'hui ? Les journaux de Melbourne, il y
a peu de temps, annonçaient qu’on avait fondé une société pour exploiter la
voix magnifique d'une jeune Australienne. On l’avait envoyée faire des études,
et les actions émises à 25 francs étaient cotées quelques années plus tard
8 francs.
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