L’ÉCHANGE
d’un inconnu par Rembrandt y tienne encore plus qu’au
portrait de son grand-père.
La valeur d’échange est généralement confondue dans le
langage courant avec le prix.
Ce n’est pourtant point la même chose, puisque nous avons
vu ci-dessus que le prix (p. 84) n’est qu’une des mille expres-
sions possibles de la valeur. La valeur est un rapport établi
entre deux choses quelconques ; /e prix est un rapport dans
lequel l’un des denx termes est toujours la monnaie — je ne dis
point nécessairement monnaie métallique et frappée, ni
monnaie de papier, car en Afrique, où on emploie pour
monnaie des pièces de cotonnade ou des verroteries, la
valeur des marchandises ainsi exprimée est tout de même
leur prix, mais en tout cas le mot « prix» implique une
commune mesure, un étalon choisi comme terme de compa-
raison.
Voyons maintenant quelles sont les conditions auxquel'es
la valeur d’échange, le prix courant, doit satisfaire.
On peut les formuler ainsi :
1° Le prix qui s’établit sur un marché Aun moment donr*,
pour des produits similaires, ne peut être qu’un prix unique.
C'est ce que Stanley Jevons a appelé la loi d'indifférence. I
entend par là que toutes les fois qu’il est absolument indiffé-
rent d'acquérir l’un ou l’autre de plusieurs objets, parce
qu'ils sont identiques — en d’autres termes, lorsque nous
n’avons aucun motif pour préférer l’un à l’autre — nous ne
consentirons pas à payer l’un plus cher que l’autre.
Au premier abord, on pourrait penser le contraire : car
voici sur un marché cinq vendeurs de blé avec cinq sacs
ayant chacun des prétentions différentes, et voici d’autre
part cinq acheteurs de blé attribuant chacun au blé qu’il
désire une valeur différente. Pourquoi n’y aurait-il pas autant
de prix différents qu’il y aura de couples d’échangistes,
l’acheteur disposé à payer le plus cher s’entendant avec le
vendeur le plus exigeant, tandis que l’acheteur le moins
pressé par le besoin s’entendra avec le vendeur le plus
coulant sur le prix ? — Parce que nul acheteur. si désireux
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