3 PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
lence rigoureuse entre leur valeur intrinsèque et leur valeur
légale, faudra-t-il donc refondre perpétuellement tantôt
l’une, tantôt l’autre des deux monnaies pour accomoder
leurs poids aux variations de valeur des deux métaux ? C'est,
semble-t-il, la conclusion qui s’impose (1). Mais c’est impra-
ticable. Nous allons voir au chapitre suivant à quel expédient
on s’est arrêté.
Comment les pays bimétallistes se trouvent en fait
n’avoir qu’une seule monnaie.
Tout système bimétalliste présente, comme nous venons
de le voir, cet inconvénient grave qu’il ne réussit jamais à
maintenir, pour chacune des deux monnaies à la fois, cette
équivalence entre la valeur intrinsèque et la valeur légale
qui doit être le caractère de toute bonne monnaie. Sans cesse,
suivant les variations de valeur des deux métaux, l’une des
deux se trouvera trop forte ou trop faible.
On pourrait penser, peut-être, que cet inconvénient est
plus théorique que pratique. Qu'importe, dira-t-on, que nos
pièces d’or ou d'argent aient une valeur légale un peu supé-
rieure ou un peu inférieure à leur valeur réelle ? Personne
n’y fait attention et en tout cas personne n’en souffre.
C’est une erreur : il y a dans cette situation un inconvé-
(1) À vrai dire, il ne serait pas nécessaire de faire varier le poids des deuæ
monnaies mais d’une seule des deux, en prenant l’autre, toujours la même,
pour unité : par exemple, en prenant pour unité le franc d'argent de 5 grammes,
faire varier le poids des pièces d’or, tantôt au-dessus, tantôt au-dessous du
poids légal, suivant les variations de valeur du métal or, Mais, malgré cette
simplification, ce ne serait guère plus pratique. erreur ;
On pourrait avssi, comme solution du problème, maintenir le poids des pièces
d'or invariable, mais effacer l'indication de la valeur légale qui y est gravée
et laisser leur valeur osciller librement suivant les lois de l'offre et de la
demande : ainsi variait dans certains pays, dans l'Indo-Chine naguère, la
valeur de la piastre.