Full text: Principes d'économie politique

LA MONNAIE DE PAPIER M 
est à croire qu’il ne jouit pas d’un crédit très élevé et que, 
s’il a besoin d’argent, où bien il ne trouvera pas de prêteurs, 
ou bien le taux d’intérêt sera très onéreux. Voici. pourquoi 
beaucoup d'Etats ont eu recours à l’émission de papier- 
monnaie, et en somme ne s'en sont pas mal trouvés lorsqu'ils 
ont eu la sagesse de ne pas dépasser dans leurs émissions 
la limite nécessaire aux besoins du pays, laquelle est repré- 
sentée par la quantité de monnaie métallique en circulation. 
Malheureusement la tentation est grande pour un gouverne- 
ment obéré de franchir ce cercle fatal : beaucoup y ont cédé 
qui ont fini par la banqueroute — pas tous pourtant. 
Tout le monde connaît la lamentable histoire des assignats. 
On sait que ces assignats avaient pourtant pour gage les 
biens confisqués aux émigrés et à l'Eglise, mais ils furent 
émis en quantité infiniment supérieure à la valeur de ces 
biens, jusqu’au chiffre extravagant de 40 milliards de francs, 
c'est-à-dire vingt fois probablement la quantité du numéraire 
existant à celte époque ! Alors même que cette émission eût 
été faite en bonnes pièces d’or et d'argent, elle n’en aurait 
pas moins entraîné une dépréciation considérable de la mon- 
naie métallique, puisque celle-ci se serait trouvée vingt fois 
supérieure aux besoins. On peut penser dès lors quelle dût 
être la dépréciation d’une simple monnaie de papier! On vit 
une paire de bottes se vendre 4.700 francs, une rame de 
papier 450 francs et l’abonnement au Journal Officiel 
1.000 francs (1). 
Toutefois on peut dire que. dans l’état actuel de la science 
économique, un gouvernement qui franchit la limite est 
vraiment inexcusable. Il y a en effet des signes certains, 
familiers à l’économiste et au financier, qui permettent de 
reconnaître le danger, même à distance, et qui donnent des 
(1) Ces prix, qui avant la guerre paraissaient fantastiques, paraissent 
aujourd'hui peu de choses en regard du prix atteint en Russie, en Allemagne, 
eu Autriche. C’est par dizaines de millions de coronnes, par centaines de 
millions de roubles, par milliards et par billions de marks, que se chiffraient 
les prix de moindres articles. Et la cause était la même : des émissions de 
papiér-monnaie en ‘quantité telles que les fabriques de panier ne pouvaient y 
suffire. 
Gipe P. R. 25e Edition. 
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