LES DIVERSES ÉCOLES ÉCONOMIQUES ;
naturelles — ne sont que des hypothèses non vérifiées (1).
Le tort de l’école classique ce n’est donc point d’avoir trop
usé de la méthode abstraite, mais seulement d’avoir pris trop
souvent l’abstraction et l’hypothèse pour la réalité: par
exemple, après avoir supposé son homo œconomicus mû uni-
quement par l’intérêt personnel, ce qu’elle était en droit de
faire, d’avoir cru à son existence réelle et de n’avoir plus vu
que lui dans le monde économique.
Aussi la méthode déductive n’est point morte: elle revit
aujourd’hui sous deux méthodes nouvelles.
D'abord la méthode dite mathématique. Celle-ci considère
les relations qui s’établissent entre les hommes en toute cir-
constance donnée comme des relations d’équilibre, semblables
à celles qu’on étudie dans la mécanique et, comme celles-ci,
susceptibles d’ètre mises en équations algébriques. Pour cela
il faut réduire le problème à un certain nombre de condi-
tions données et faire abstraction de toutes les autres, exac-
tement comme on fait d’ailleurs dans la mécanique (2).
La méthode psychologique (dite aussi autrichienne d’après
la nationalité de ses représentants les plus éminents) (3)
s’attache exclusivement à la théorie de la valeur dont elle
fait le centre de toute la science économique ; et comme la
valeur, selon elle, n’est que l’expression des désirs de
l’homme, elle est tout naturellement conduite à réduire la
(1) Comme l’a fait observer Stanley Jevons, dans ses Principes of Science,
ia méthode qu’on emploie pour arriver à la découverte de la vérité dans les
sciences est semblable à celles qu’emploient inconsciemment ceux qui cherchent
l'explication de ces rébus ou de ces langages chiffrés qui figurent à la dernière
page des journaux illustrés. Pour deviner quel peut être le sens de ces énigmes,
nous maginons un sens quelconque, puis nous véri/fons si en effet il s'accorde
avec les chiffres ou les images que nous avons sous les yeux. S'il ne s'accorde
pas, c'est une hypothèse à rejeter. Nous en imaginons alors quelque autre
jusqu’à ce que nous soyons plus heureux ou que nous perdions courage.
(2) Inaugurée par Cournot en France, il y a longtemps (Recherches sur les
principes mathématiques de la théorie des richesses, 1838), mais alors
sans aucun succès, la méthode mathématique a été réhabilitée par Stanley
Jevons, Marshall et Edgeworth en Angleterre, Walras à Lausanne (mais fran-
çais), Vilfredo Pareto et Pantaleoni en Italie, Gossen et Launhardt en Alle-
magne, Irving Fisher aux Etat--Unis,
(3) Les professeurs Karl! Menger, de Bohm-Bawerk, Wieser,
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