L'ÉCHANGE INTERNATIONAL À
l’industrie, sans parler des budgets des États nouveau-nés,
créaient une véritable famine de monnaie, et que l’on com-
mençait à peine à inventer les moyens de crédit qui allaient
permettre de la mieux utiliser. Si la découverte des mines
du Nouveau Monde fut pour les hommes de ce temps un
éblouissement et provoqua de si grandes convoitises, ce
n’est point sans sujet; c’est qu’elle vint juste au moment
psychologique — providentiel, aurait dit Bastiat.
Les mercantilistes furent les précurseurs de ceux que l’on
appelle aujourd’hui « économistes nationalistes ». Ils fon-
dèrent les premières manufactures nationales, ils cherchèrent
à attirer les bons ouvriers qui leur paraissaient une richesse
non moins précieuse que l’or. Mais surtout ils conçurent l’idée
de faire servir les droits de douane à écarter la concurrence
étrangère et à développer l’industrie nationale : avec eux ces
droits perdirent leur caractère fiscal pour devenir protec-
teurs. Ce fut avec Cromwell, en Angleterre, et Colbert, en
France, que ce système, logiquement bien enchaîné, arriva
à son plein épanouissement. On peut le résumer en trois
points :
10 Repousser par des droits protecteurs l’importation des
produits fabriqués ;
20 Au contraire, favoriser, par une réduction des droits,
l'importation des denrées alimentaires, des matières pre-
mières et de tout ce qui sert aux fabriques ;
3° Stimuler, par des encouragements aux manufactures ou
par des primes, l'exportation des produits du pays.
Ce système, qu’on désigne généralement sous le nom de
Colbertisme, a régné sans conteste jusqu’à l’apparition des
économistes. On sait que les Physiocrates démolirent impi-
toyablement les théories du mercantilisme et que, prenant
le contre-pied, ils arborèrent la devise : laissez faire, laissez
passer. Or ils ne combattirent pas moins énergiquement
pour la liberté des échanges, contre le système protec-
tionniste, que pour la liberté du travail contre le régime
corporatif. Mais la Révolution française, qui fit triompher
leur doctrine en ce qui concerne la liberté du travail, ne
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