3 PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
redevint protectionniste; et elle n'a fait depuis lors qu'ac-
centuer sa marche en ce sens — et en 1910 encore par
une aggravation de ses tarifs de douane.
Enfin il n’est pas jusqu’à l’Angleterre, la terre classique du
libre-échange, où il ne commence à être ébranlé. Ce néo-
protectionnisme s’est présenté d’abord sous la forme d’un
impérialisme, c’est-à-dire inspiré surtout par un motif poli-
tique, celui de réunir par des liens d’intérêt les peuples qui
composent l'immense Empire britannique. Pour cela il fau-
drait que les colonies, pour la plupart fortement protec-
tionnistes, accordassent des réductions de droits aux produits
de la métropole — et inversement que l’Angleterre réservât
un régime privilégié aux produits de ses colonies, ce qui
implique l’établissement de droits sur les produits étrangers.
Mais plus encore que l'ambition impérialiste, d’autres forces
poussent l’Angleterre, comme les autres pays, dans ia voie
protectionniste. Entr’autres la nécessité de se procurer des
ressources pour l’accroissement énorme des dépenses
causées par la guerre et des dépenses de solidarité sociale.
Si elle ne les demande pas aux douanes il faudra qu’elle
les demande aux riches : tel est, en effet, le programme du
parti libéral, mais naturellement les industriels et pro-
priétaires préfèrent les droits protecteurs et, pour gagner
la classe ouvrière, les présentent comme un remède au
chômage.
Il n’y a donc plus guère en Europe à cette heure
que quelques petits pays, Hollande, Norvège, Danemark,
qui soient restés fidèles au free trade parce que leur étendue
est trop limitée pour qu'ils puissent prétendre se suffire ;
partout ailleurs, même en Suisse, les barrières de douane
ont été relevées et les guerres de tarifs ont remplacé les
traités de commerce.
Quelle influence la grande guerre a-t-elle exercé sur le
commerce international ? Elle a commencé par le quasi sup-
primer par l’action d’un double blocus, celui de l’Entente
contre les Empires du Centre par leurs flottes, celui de
l’Allemagne contre l’Entente par les sous-marins. Mais par
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