$ PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
richesses en nature que je produirai ou que je vivrai, non
avec des chiffons de papier (1).
Si tout titre de crédit, c’est-à-dire si toute créance consti-
tuait véritablement une richesse, il suffirait donc que chaque
Français prêtât sa fortune à son voisin pour doubler du
coup la fortune de la France et pour l’élever de 250 mil-
liards à 500 milliards !
Ne peut-on dire du moins que ces titres représentent des
richesses futures? Parfaitement! mais c’est précisémeut
parce qu’elles sont futures qu'on ne doit pas les compter.
On les comptera le jour où elles auront pris naissance.
Jusque-là, entre les richesses présentes et les richesses
futures, il y aura toujours cette différence notable que les
premières existent, tandis que les secondes n’existent pas !
On ne produit pas et on ne vit pas avec des richesses en
espérance. Autant vaudrait, en faisant le recensement de la
population de la France, compter, à titre de membres futurs
de la société, tous ceux qui naîtront d’ici à vingt ans.
Mais si le crédit ne peut être qualifié de productif, en ce
sens qu’il ne crée pas les capitaux, il rend cependant d’émi-
nents services à la production en permettant d'utiliser le
mieux possible les capitaux existants.
En effet, si les capitaux ne pouvaient pas passer d’une
personne à une autre et si chacun en était réduit à faire
valoir par lui-même ceux qu’il possède, une masse énorme
de capitaux resterait sans emploi. Il y a dans toute société
civilisée nombre de gens qui ne peuvent tirer parti eux-
mêmes de leurs capitaux, à savoir :
(1) Léon Say dit, dans sa préface à la Théorie des changes de Goschen :
« Cette représentation absolue de la propriété par le titre a fait disparaître
toutes les difficultés qui entravaient l'échéance et la transmission des droits.
On envoie aujourd’hui, dans une lettre de France en Angleterre, d'Angleterre
au Canada, de Hollande aux Indes et réciproquement, les usines, les fabriques,
les chemins de fer, tout ce qui se possède, en un mot. La chose reste immo-
bile, mais son image est sans cesse transportée d’un lieu à un autre. C’est
comme un jeu de miroirs qui enverrait un reflet au bout du monde. Le
miroir s'incline et le reflet va frapper plus haut, plus bas, à droite, à gauche.
La chose est dans un lieu, mais on en jouit partout. Qui a le reflet la
possède. »
379