PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
Comment le crédit permet de supprimer la monnaie.
Que le crédit permette d’ajourner le paiement, cela est
évident et résulte de sa définition même, mais qu’il permette
de le supprimer, cela n’apparaît pas aussi clairement : car,
dira-t-on, tôt ou tard, au jour de l’échéance, il faudra bien
que le débiteur s’exécute et paie? — Mais non ! cela même
ne sera pas nécessaire.
Supposons que toute vente, au lieu de se régler en argent,
se règle par la création d’un titre de crédit — lettre de change
ou chèque — et que ces titres de crédit soient jetés sur le
marché et passent de mains en mains par des transmissions
successives. Il devra arriver pour la plupart d’entre eux
qu’ils finissent par se rencontrer et par s’annuler les uns et
les autres, soit par compensation, soit par confusion, comme
disent les jurisconsultes.
Soit dans le monde trois pays, ou trois personnes, que
nous appellerons À, B, C. Supposons, comme tantôt, que A
est débiteur de B, lequel est débiteur pour la même somme
de C, lequel à son tour est débiteur de A, n’est-il pas évi-
dent qu’au lieu de faire faire un circuit complet à la somme
d'argent due respectivement par ces trois débiteurs à leurs
trois créanciers — c’est-à-dire d’obliger A à payer 1 000 à B,
lequel ensuite paiera 1.000 à C, lequel enfin remettra les
1.000 à A des mains de qui ils étaient sortis — il est plus
simple de régler tout sans débourser un sou?
Mais n’est-il pas bien invraisemblable, dira-t-on sans doute,
que C soit justement débiteur de A et se trouve là, comme à
point nommé, pour fermer le cercle ? — Il est vrai, mais si
C n’est pas débiteur de À, il sera peut-être débiteur de D. ou
de E, ou de F, ou de G, ou de H, etc, jusqu’à ce que finale-
ment, à force de voyager, le titre arrive par chance à
quelqu’un, quelque X qui setrouvera débiteur de À, et alors
le problème sera résolu. Plus il y aura de personnes qui
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IV