; PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
résulte pas que les distances entre les riches et les pauvres
diminuent : au contraire ! Le nombre des indigents diminue,
oui : un beaucoup plus grand nombre d’hommes qu’autre-
fois arrivent à l’aisance, mais les sommets de la fortune se
trouvent sans cesse dépassés par d’autres plus vertigineux.
Entre le salaire du travailleur de terre et les dividendes du
milliardaire roi des trusts il y a bien plus d'intervalle
qu'entre les revenus du serfet ceux du baron féodal.
Si l’on représente les diverses catégories de revenus —
telles, par exemple, qu’elles figurent dans les statistiques de
l’impôt général sur le revenü ou dans celles des successions
— par des assises horizontales d’une longeur proportion-
nelle au nombre des personnes comprises dans chacune de
ces catégories, et qu’on les superpose, on aura une figure
semblable à une pyramide — ou plutôt à une pointe de flèche,
à une toupie — dont la base représentera les classes pauvres
et la pointe la classe riche. Si la pyramide a une large base
pour une faible hauteur, ce sera le signe que l’inégalité des
revenus n’est pas très grande : c’est le cas pour la France —
et plus grande sera l'inégalité des revenus, plus grande sera
la distance de la base au sommet : si l’inégalité est extrême,
le haut de la figure prend la forme d’une aiguille (1).
Au reste, à défaut de figures, cette forme pyramidale
apparaît assez clairement dans les chiffres superposés des
tableaux ci-dessous.
En France jusqu'à la guerre il n’y avait pas d’impôt global
sur le revenu, ce qui ne permet pas d’avoir une statistique
exacte sur les revenus, mais, en ce qui concerne la réparti-
(1) M. Vilfredo Pareto (Cours d'Economie politique, t. IL, p. 322-318),
croit avoir trouvé l'expression mathématique, l'équation de cette figure : c’est
ce qu’il appelle la courbe des revenus. Et de la comparaison entre les
statistiques des différents pays dans le présent et dans le passé, il croit
pouvoir conclure que la forme de cette courbe est à peu près immuable, la
même en tous lieux et en tout temps, même « pour des pays dont les conditions
économiques sont aussi diflérentes que celles de l’Angleterre, de l'Irlande, de
l'Allemagne, des villes italiennes (du moyen âge) et même du Pérou (au
xvIIr° siecle) ». Il en résulterait donc que non seulement l'inégalité des
richesses serait une loi ‘universelle, mais encore que les proportions de ces
inégalités ne seraient pas susceptibles de changer sensiblement.
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