LE MODE EXISTANT 435
traire à36(1). L’annuité successorale en France (moyenne des
trois années 1911-1913, avec donations comprises) est de
7.083 millions qui, multipliés par 36, donnent 255 milliards,
chiffre inférieur de 1/10 environ à celui inscrit ci-dessus dans
le tableau. Cependant il faut tenir compte que le chiftre
obtenu par cette seconde méthode doit être inférieur à la
réalité: 1° parce que les biens de mainmorte (Etat et per-
sonnes morales) ne figurent pas dans les successions ; 2’ parce
que les valeurs déclarées sont toujours notablement au-
dessous de la valeur réelle.
On voit combien minime serait la part de chacun, en sup-
posant une répartition égalitaire. Il est vrai qu’il serait
mieux de compter par ménage au lieu de compter par iète,
les enfants ne jouissant pas d’un revenu indépendant Il
suffit alors de multiplier par 4 ou 5 les chiffres ci-dessus, ce
qui ferait 4 à 5.000 francs pour le revenu moyen d’une
famille française ou allemande, en cas de répartition égale
— 6 à 8.000 francs pour une famille anglaise ou américaine
— 15 à 1.800 francs pour une famille italienne.
vOn dira, sans doute, que 4 à 5.000 franes de rente (en
francs d’avant la guerre) c’est déjà un revenu qui suffirait à
contenter la majorité des habitants de nos pays. Arithméti-
quement, c’est incontestable et c’est bien à tort que, dans les
traités d’apologétique du régime économique actuel, on cher-
che à contester ce fait. Disons seulement qu’une société
où tous seraient réduits à ce revenu moyen, devrait renoncer
à toute dépense de luxe et sans doute à tous les progrès dont le
luxe est l’amorce (ci-après, Da Luxe). Et si elle borne ses vœux
à cette modeste aisance — qui ne dépasserait guère « la poule
au pot » d'Henri IV — elle pourra sans doute y arriver par des
moyens plus économiques qu’une révolution sociale.
(1) La durée qu'il s'agit de calculer n'est point relle qu'on appelle d’ordi-
naire une génération, ‘c’est-à-dire celle qui s'écoule entre la date moyenne de
la naissance des parents et la date moyenne de la naissance des enfants, mais
celle qui s'écoule entre la date où une personne recueille une succession et
celle où par sa mort elle la transmettra à son tour. Or les éléments ,pour
calculer cette durée sont très incertains. Ce problème a fait l'objet de nom-
Dbreuses études dans les Bevues italiennes.