â PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
conflit quelconque, d’un duel d'intérêts antagonistes: —
l’association de consommation supprime le conflit entre
vendeur et acheteur ; — celle de construction, le conflit entre
propriétaire et locataire; — celle de crédit, le conflit entre
créancier et débiteur ; — celle de production, le conflit entre
patron et salarié.
4o Enfin la coopération sous ses diverses formes — con-
sommation, crédit ou production — prétend exercer une
action non pas seulement économique mais morale. Elle ne
fait point appel, en effet, pour son œuvre d’émancipation, à
la révolution ni même à l’action coercitive des lois, mais à
des forces morales : l’énergie individuelle et l’esprit de soli-
darité, forces qui sont généralement en opposition mais
qu’elle réconcilie — et c’est ce qui fait sa vertu éducative (1).
Elle prend pour devise à la fois le sel/-help, c’est-à-dire la
fierté de pourvoir à ses besoins par ses propres moyens,
être soi-même son marchand, soi-même son banquier, soi-
même son prêteur, soi-même son patron — et aussi le chacun
pour tous, c’est-à-dire le désir de chercher la libération non
pas seulement pour soi, mais pour autrui et par autrui, ne
pas vouloir faire son salut seul.
C’est à cette inspiration morale, autant et peut-être plus
qu’à ses avantages pratiques, que la coopération doit son
extension. C’est elle qui avait séduit les «socialistes-chré-
tiens » d'Angleterre au milieu du siècle dernier ; c’est elle
qui a in£piré, avec Raiffeisen et ses imitateurs, les sociétés
de crédit rural; c’est cet élément mystique qui à ce jour
propage le mouvement coopératif, comme une religion nou-
velle, parmi les populations de l’immense Russie.
(1) Une des premières sociétés coopératives fondée à Lyon en 1835, avait
pris cette enseigne : Au commerce véridique, entendant par là qu’elle
voulait inaugurer le règne de la vérité dans les rapports commerciaux — et
ceci seul serait une grande révolution morale.
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