LES PROPRIÉTAIRES FONCIERS “1
nous supposons que la quantité de blé n’est pas supérieure
aux besoins et qu’on ne saurait se passer du dernier sac Z,
ni par conséquent du concours de ce dernier producteur.
Nous arrivons done à cette conclusion que toutes les fois
que les produits identiques se vendent sur un même marché,
la valeur de tous tend à coïncider avec le coût de production
maximum.
Or, il est clair que ce prix de 20 francs va laisser un béné-
fice différentiel à tous les producteurs de sacs de blé plus
favorisés dont le coût de production est moindre : — bénéfice
de 10 francs pour celui dont le sac de blé revient à 10, de 8
pour celui dont le sac revient à 12, de 5 pour celui dont le
sac revient à 15, etc. C’est le revenu provenant de ces béné-
fices réguliers qui s’appelle, à proprement parler, la rente.
La démonstration est des plus élégantes car elle résout la
contradiction qui semblait insoluble. Tout en donnant satis-
faction à la loi de la valeur — coût de production, telle que
la concevait Ricardo, néanmoins elle montre qu’il y a dans
le prix quelque chose de plus que le coût de production.
La solution de l'énigme c’est que le prix du blé de tous les
sacs est bien déterminé par le coût de production, mais
par le coût d’un seul d’entre eux, de celui qui a été produit
dans les conditions les plus défavorables. C’est cette unité dis-
grâciée qui fixe le prix sur le marché — sous la condition,
bien entendu, qu’elle soit indispensable — et tous les autres
sacs bénéficient ainsi d’une marge plus ou moins élevée
entre ce prix identique pour tous et leurs coûts de produc-
tion respectifs, tous différents.
Cette thèse implique qu’il y a toujours-au moins une terre,
celle qui produit les sacs de la catégorie Z, qui ne donne
point de rente foncière, rien d’autre que le revenu du capital
et du travail dépensé, et c’est celle-là qui joue le rôle décisif
puisqu’elle sert de limite à toutes les autres. Quant au revenu
de toutes les autres terres, il ne faut pas dire qu’il est dû à
leur fertilité (car si elles étaient toutes également fertiles, le
prix du blé se réglerait pour toutes sur le même coût de
production et il n’y aurait donc point de rente), mais à l’in-
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