S PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
home confortable et familial, domicile légal — toutes utilités
perpétuelles, ou du moins qui durent autant que la maison.
Le fermage ou le loyer c’est le prix de ces récoltes ou jouis-
sances et qui, comme elles, doit être perpétuel ou du moins
périodique. Sans doute l’argent versé par le locataire sous
forme de loyer est sorti de sa poche, mais il lui a été donné
en échange une valeur égale, tout comme le prix qu'il paye
pour son pain quotidien.
Au contraire, le capital qui a été prêté, lequel se présente
toujours sous la forme du capital circulant et surtout sous la
forme-type de capital-argent, n’est pas un bien durable
comme la maison : il se détruit par l’acte même de produc-
tion. La houille jetée dans le fourneau s’en est allée en
fumée, la matière première a été transformée, l’argent a été
dépensé en salaires. Comment donc l'intérêt paierait-il l’usage
d’une chose qui a précisément pour caractéristique de se
consommer par le premier usage ?
En outre, quand il s’agit d’une terre ou d’une maison, pré-
cisément parce que ce sont des biens durables, elles restent,
même louées, la propriété du bailleur, tandis que l'argent
prêté, parce qu’il est chose fongible, est nécessairement con-
sommié. C’est ce que disent les mots mêmes qui servent à
désigner le prêt d’argent dans la langue juridique — en droit
romain, mutuum (ex meo tuum, le mien devient tien), en droit
français, prèt de consommation : le prêteur aliène définitive-
ment ses écus et l’emprunteur en devient propriétaire défi-
nitif. Or, ne serait-il pas contradictoire d'admettre que l'em-
prunteur devint en même temps propriétaire et locataire de
la même choge ?
Cette dernière objection n’est pas mieux fondée que les
précédentes. Car, si le loyer de la terre ou de la maison est
légitime, comment le loyer du capital ne le serait-il pas,
puisque le capital peut toujours être employé à acheter une
terre ou une maison ? Calvin avait déjà fait cette remarque.
Lorsque deux biens sont interchangeables, l’un ne saurait
valoir moins que l’autre. — Quant à l’argument juridique
qu’on.ne peut taucker un loyer sur un bien qu’on ne possède
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