PRINCIPES D'ÉCONOMIE POIITIQUE
naturelle il devrait contenir une valeur supplémentaire qui
serait le revenu de la machine ou du rabot.
‘Enfin, sila productivité-était la véritable ou du moins la
seule cause de l'intérêt, le taux de l'intérêt devrait se régler
sur le degré de productivité du‘capital — et comment expli-
quer alors la tendance générale de l’intérêt à la baisse,
puisque les capitaux ne cessent de devenir de plus en plus
puissants et plus productifs ?
20 Une explication plus moderne est celle-ci : l’intérêt est
le prix du temps ou, selon l’expression spirituelle de l’écono-
miste américain Irving Fisher, il a pour cause et pour mesure
l’'impatience de jouir. A vrai dire, l’explication n’est pas
nouvelle, car l’idée que l’intérêt est le prix du temps n’avait
pas passé inaperçue des canonistes (1) et avait été fortement
exprimée par Turgot dans sa défense de l’intérêt. Mais
c’est seulement avec Boehm-Bawerk et l’école psychologique
qu’elle a trouvé son expression scientifique, grâce à une
admirable ingéniosité d’analyse. Cette théorie très abstraite
et qui a rempli des volumes, ne pourrait être exposée en
détail ici mais nous pouvons la traduire ainsi.
Cette explication a ce très grand avantage de s’appliquer
aussi bien et peut-être mieux encore au prêt de consomma-
tion qu’au prêt de production. En effet, celui qui emprunte
pour consommer est généralement encore plus «impatient »
de toucher que celui qui emprunte en vue de la production.
Elle a de plus cette supériorité de ne pas s'appliquer seu-
lement au cas de prêt : elle a une portée beaucoup plus
vaste. Elle est là même quand, au lieu d’un capital-prêté, il
s’agit d’un capital entre les mains du propriétaire. Si, étant
propriétaire d’un capital de mille francs, je préfère le faire
valoir moi-même — le jeter en terre ou dans le foyer de la
machine, sous forme de semences, d’engrais ou de charbon,
ou le faire consommer à des ouvriers sous forme de subsis-
(1) Mais les canonistes, tout en connaissant l’argument que l'intérêt est le
prix du temps, le réfutaient noblement en disant que le temps ne peut se
vendre et n’a pas de prix parce qu’il n'appartient qu’à Dieu. C’est là une
conception bien différente de celle des Américains qui disent : Z'ime às money.
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