LES CAPITALISTES RENTIERS "5
moins situées, ou celui des terres suivant qu’elles sont plus
ou moins fertiles.
Mais les capitaux se présentent toujours sous forme de
monnaie (ou de ses équivalents en titres de crédit) : d’abord
parce que l’emprunteur préfère toujours toucher de l’argent
plutôt que des capitaux en nature, ayant ainsi plus de liberté
pour adapter l'emprunt aux emplois auxquels il le destine ;
— et aussi parce que c’est nécessairement sous cette forme
que les capitaux sont offerts sur le marché par tous ceux
qui ont fait des économies et cherchent à les placer. On ne
saurait en effet créer par l’épargne des capitaux en nature,
mais seulement un capital argent.
Or, cette substitution, qui transforme la location en prêt
d'argent, produit certains effets remarquables.
D’autre part, elle tend’ à éliminer toutes les causes de
variation et à égaliser le prix de location pour tous les capi-
taux, car tous les capitaux étant désormais prêtés et
empruntés sous une forme identique, en monnaie, se valent.
Il n’y a plus entre eux de différences qualitatives mais seule-
ment quantitatives. D'ailleurs, les capitaux sous cette forme
étant essentiellement mobiles se transportent presque ins-
tantanément partout où un taux plus élevé les attire, ce qui
fait que les différences, s'il y en a, sont rapidement nivelées.
Aussi n’y a-t-il, à un moment donné, sur le marché national
et même international, qu’un mème taux d'intérêt:
Mais, d’autre part, elle fait intervenir dans la détermina-
tion du prix de location une cause de différenciation qui
prend une importance énorme : le plus ou moins de so/va-
bilité de l’emprunteur. En effet l’emprunteur, comme nous
l’avons fait observer déjà (p. 365), n’est plus un locataire :
il acquiert la propriété définitive de l’argent dont il va faire
ce qu’il voudra. Il est donc possible qu’il ne puisse rendre
l’argent : de là un risque pour le prèteur, ce qui détermi-
nera celui-ci à demander un intérêt plus élevé comme com-
pensation de la perte eventuelle de son capital : c’est une
prime d’assurance. comme on dit, prime que naturellement
le prêteur fait payer à l’emprunteur.
545