LES CAPITALISTES RENTIERS ,
nements, les capitaux, loin de s'offrir, s’enfouissent dans une
thésaurisation stérile.
Quant à la demande, elle est déterminée par la productivité,
non pas précisément la productivité moyenne des entreprises
dans un pays donné et à un moment donné, mais plus exac-
tement la productivité des entreprises les moins productives
parmi celles auxquelles s’offre le capital, car ce sont celles-
là qui, précisément parce qu’elles ne peuvent pas donner
davantage, font la loi sur le marché du capital. Si celles-ci
ne peuvent donner que 3 p. 0/0 d’intérêt, les autres entreprises
plus rémunératrices qui pourraient, s’il le fallait, donner
plus, se garderont bien de le faire.
Si on se trouve dans un pays neuf, doté de toutes les res-
sources, terres vierges à défricher, mines à exploiter, réseaux
de voies de communication à créer, le taux de l'intérêt sera
très élevé : — d’abord parce que le capital y est rare, d’autant
plus rare que ceux qui le possèdent le gardent pour le faire
valoir et ne le portent pas sur le marché ; — et aussi parce
qu’il n’y a point en un tel pays d'entreprises à petit rende-
ment ; elles y sont dédaignées.
Au contraire, dans un pays vieux, les causes inverses agi-
ront: d’une part, les capitaux multipliés par une épargne
séculaire s'offrent en abondance ; et d'autre part, les emplois
à productivité élevée étant tous déjà occupés, les capilaux
en sont réduits à se placer dans les entreprises à producti-
vité minima, lesquelles pèsent sur le taux général de l'intérêt.
Le prêt à intérêt est, comme le salaire et le fermage, un
contrat à forfait, c’est-à-dire que le prêteur se désintéresse
de tout droit sur les profits de l’entreprise moyennant une
annuité fixe. Cependant, nous avons vu (p. 188) que lorsque
les prêteurs préfèrent les chances de gain et de perte à
la sécurité d’un revenu fixe, l’emprunteur leur promet seule-
ment une part des bénéfices s’il y en a, rien s’il n’y en a pas.
et, s’il y a des pertes, c’est sur le capital apporté par les
actionnaires que ces pertes retomberont d’abord. Mais alors,
ce n’est plus un contrat de prêt, juridiquement parlant, c’est
Gipe. P. R. 25e édition.
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