LES CAPITALISTES RENTIERS Ï
Si donc le taux courant de l’intérêt est de 5 p. 0/0, on ne
pourra trouver de capitaux pour ces entreprises, car on ne
pourrait les entreprendre qu’à perte : on s’abstiendra. Mais
supposez que le taux de l’intérêt tombe à 2 p. 0/0: aussitôt
on s’empressera de les exécuter. Turgot, dans une image
célèbre, compare l’abaissement du taux de l'intérêt à la
baisse graduelle des eaux qui permet d’étendre la culture sur
de nouvelles terres.
Mais il ne suffit pas que cette baisse soit désirable. Est-elle
probable ? A-t-elle un caractère permanent ? Faut-il la consi-
dérer comme une véritable loi économique, naturelle, sem-
blable à celle de la hausse de valeur de la terre ou de la
baisse de valeur de la monnaie ?
L’économie politique, particulièrement l’école optimiste
française depuis Turgot jusqu’à Paul Leroy-Beaulieu, a tou-
jours affirmé cette loi. Bastiat la mettait au nombre de ses
plus belles harmonies.
Cette thèse s'appuie à la fois sur le raisonnement et sur les
faits.
En fait, la baisse considérable du taux de l'intérêt cons-
titue un des phénomènes économiques les plus caractéris-
tiques de la seconde moitié du xix° siècle : de 5 p. 0/0 vers
le milieu du siècle, il était tombé dans les dernières
années du siècle — 1897, année qui a marqué le minimum —
à 3 p. 0/0.
En théorie, la plupart des causes que nous avons énumé-
rées comme déterminant le taux de l’intérêt semblent devoir
agir dans le sens de la baisse. Il semble raisonnable de
penser que dans toute société progressive les capitaux
doivent devenir de plus en plus abondants, comme d'ailleurs
toute richesse produite, et que, par suite, leur utilité finale
et leur valeur doit aller en décroissant. La sécurité aussi
doit aller en augmentant, si du moins on admet que la civi-
lisation implique, de la part des individus et des Etats, plus
de fidélité à leurs engagements ou des moyens de contrainte
plus eflicaces de la part des créanciers. Et même, à côte de
-ces prévisions optimistes, il y a lieu d’inscrire cette prévi-
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