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PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
définitives — laissent un bénéfice assez considérable, même
déduction faite des salaires perdus (1).
Il est vrai qu'on peut répliquer que rien ne prouve que
les ouvriers ne pussent gagner autant ou plus — et sans
pertes — par des négociations amiables, et on peut citer
l’exemple de l’Angleterre où la plus grande partie, les neuf
dixièmes des augmentations de salaires, sont obtenus par
des négociations amiables entre ouvriers et patrons. Mais
on oublie que si ces négociations aboutissent c’est le plus
souvent parce que les ouvriers anglais sont puissamment
organisés et que leurs grèves sont redoutables !
Le misérable salaire des femmes ouvrières paraît bien
tenir, au moins en partie, au fait qu’elles ne-font jamais
grève et qu'on sait qu’elles ne la feront pas.
C’est une question difficile aussi que celle de savoir quelle
influence peuvent avoir les grèves sur le prix des produits
et par suite quelle répereussion sur les consommateurs.
C’est une opinion très répandue que cette action est réelle
et c’est même à elle qu'on attribuait pour une bonne part la
hausse des prix déjà antérieure à la guerre. Mais ce n’est
nullement démontré. Sans doute, on peut constater souvent
un parallélisme entre le mouvement des grèves et le mouve-
ment des prix, mais dans ces cas il est très possible que, con-
trairement à ce qu’on croit, ce soit le second qui agisse sur
le premier. La hausse des prix, en effet, agit comme un res-
sort sur les grèves de deux côtés à la fois — en élevant le
coût de la vie et en augmentant les profits — d’où il résulte que
les ouvriers sont plus pressés de demander une augmenta-
tion de salaire et ont d’autant plus de chance de l’obtenir.
On ne peut nier qu'il n’y ait certaines industries où la
hausse des salaires, consécutive à des grèves, n’entraîne
une hausse des prix — notamment dans la construction des
maisons en ces dernières années, et parce que là il y a un
monopole — mais ce n’est pas une raison pour croire que
les grèves puissent déterminer une hausse générale des prix.
(4) Voir notre livre Institutions de Progrès Social.