LES SALARIES {
prendre garde surtout de ne pas faire valoir, comme ils le
font fréquemment, des arguments contradictoires en affirmant,
d’une part, que les courtes journées rendront le travail
plus productif et, d’autre part, que les courtes journées
donneront plus de travail à tous et supprimeront le chômage.
Car il est bien évident que si les ouvriers,quoique travailant
moins, produisent autant, on n’aura pas besoin d'employer
un plus grand nombre d’ouvriers ! Il faut choisir
entre ces deux arguments.
En fait, nous voyons que les pays où sont pratiquées les
plus courtes journées (Australie, Etats-Unis, Angleterre) sont
en même temps les pays à plus hauts salaires et à plus grande
production. Seulement, pour que la diminution de la durée
du travail donne ces beaux résultats, il faut certaines conditions
qui ne sont pas remplies par tout pays (1): — a) Il faut
d’abord que les ouvriers consentent à intensifier leur travail
de façon à compenser la réduction de durée. Or, les ouvriers,
en France par exemple, ne le veulent point, car ils prétendent
qu’en ce cas ils se fatigueraient autant et feraient
gagner le patron. Ils veulent que la réduction du travail
oblige celui-ci à embaucher un plus grand nombre d'ouvriers,
ce qui, à ce qu’ils croient, supprimerait le chômage et ferait
monter les salaires ; — b) Il faut que les ouvriers, alors mème
qu’ils aient la bonne volonté de fournir plus de travail en
moins de temps, soient capables de le faire, car cette intensification
suppose une endurance et une énergie dont toutes
les races ne sont pas douées. L'ouvrier français ne semble
pas pouvoir conduire à la fois autant de métiers que l’ouvrier
américain ; — c) Il faut enfin que l'outillage soit assez perfectionné
pour permettre l’intensification du travail et mème
pour l’imposer : il faut que la machine soit en mesure non
seulement de suivre, mais de devancer l'ouvrier. Or, ceci
est l'affaire des patrons : l’ouvrier n’y peut rien.
(1) Voir un remarquable article, et toujours actuel quoique déja ancien, de
M. le professeur Luio Brentano dans la Revue d'Economie politique
d'avril 1893 : Les rapports entre le salaire, la durée du travail et sa
productivilé.
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