LES SALARIÉS 609
l’ouvrier; à celle des sociétés de Secours Mutuels qui
craignent de voir les cotisations de leurs membres absorbées
par les contributions obligatoires des caisses de l’Etat ; enfin
et surtout à celle des ouvriers qui se refusent à payer en vue
d’une retraite insignifiante et à laquelle la plupart n’attein-
dront pas.
Aujourd'hui, la guerre ayant bouleversé à la fois la valeur
de l’argent et le taux de l’intérêt, tous les calculs sont à
refaire et la loi est à reprendre de fond en comble (1).
$ 4. Le chômage.
Le chômage, c’est-à-dire l’interruption de travail par suite
du renvoi de l’ouvrier et de la difliculté pour lui de s'embau-
cher ailleurs — renvoi causé soit par la morte-saison, soit
par une crise économique entraînant la suspension ou le
ralentissement de la production, soit par la fermeture d’ate-
lier à la suite d’événements tels qu’incendie, faillite, décès du
patron, ete. — constitue le plus fréquent et, disons aussi, le
plus incompréhensible de tous les risques pour le salarié.
C’est, en effet, un mystère terrible de notre organisation
économique que l’homme qui voudrait gagner sa vie par son
travail se trouve si souvent dans l'impossibilité de le faire ;
car enfin, que le travail d’un homme puisse être inutile,
(1) L'invalidité constitue un risque spécial qui ne se confond ni avec la vieil-
lesse puisqu'elle peut exister dès la naissance. ni avec la maladie puisqu'elle
est permanente. Ce serait le plus redoutable de tous les risques si heureuse-
ment il n'était exceptionnel. La loi allemande, qu'on désigne généralement
sous le nom de loi d'assurance contre la vieillesse, porte en réalité pour titre
« loi sur l'invalidité » et c’est celle-ci surtout qu'elle vise. En effet, on peut
admettre que l'assurance contre l’invalidité dispense de l'assurance contre la
vieillesse, car de deux choses l’une : — ou le vieillard est invalide et, en ce
cas, il pourra bénéficier de l'assurance contre l'invalidité ; — ou il est valide
et, dans ce cas, puisqu’il peut travailler, il ne semble plus très nécessaire de
l’indemniser.
Le proiet de loi français, au contraire, ne vise guère que la vieillesse et en
cela il répond au sentiment public, car il est à remarquer que tout le monde
souhaite être assuré contre la vieillesse parce que tout le monde espère
devenir vieux, tandis que l'assurance contre l’invalidité n'intéresse personne
parce que personne ne s'attend à devenir invalide.
Ge. P. R. 25e édition.
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