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II
PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
La société coopérative de consommation.
Nous avons eu déjà à nous occuper des sociétés de con-
sommation (p. 477) en exposant les doctrines socialistes,
comme apportant un programme nouveau. Ce programme
se trouve déjà clairement formulé dans la Déclaration de
quelques ouvriers tisserands immortalisés sous le nom des
Pionniers de Rochdale, en 1844. Ils disaient : « Sitôt qu’il
sera possible, la société procédera à l’organisation de la
production, de la distribution et de l'éducation, dans son
sein et par ses propres moyens ». « Dans son sein », ce qui
veut dire qu’il ne s’agit pas de’ refondre d’abord la nation,
il s’agit de créer l’économie nouvelle à l’intérieur de chaque
société et d’en faire ainsi un microcosme qui se propa-
gerait et se multiplierait par voie d’imitation. Quoique les
économistes aient toujours tourné en dérision ce pro-
gramme comme ridiculement prétentieux, cependant il
commence à se réaliser.
En effet, déjà en Angleterre, ces sociétés de consommation
comptent un personnel de 4 millions de membres (ce qui,
avee les membres de la famille, représente une vingtaine de
millions de personnes, soit près de la moitié de la popula-
tion de la Grande-Bretagne (l'Irlande n’en comptant qu'un
très petit nombre) et le chiffre de leurs affaires s’élève à 4 mil-
liards de francs, sur lesquels elles réalisent plus de 500 mil-
lions de francs de bénéfices qu’elles répartissent presque
intégralement entre leurs membres. Presque toutes sont
fédérées et réunies non seulement par un gouvernement
central (Cooperative Union) et par des congrès annuels, mais
par deux puissants centres d’achat (Wholesales), l’un à Man-
chester, l’autre à Glascow (1).
(1) Voir pour plus amples renseignements notre livre Les Sociétés coopé-
ratives de consommation.