LES BESOINS ET LA VALEUR L
sert plus à rien, puisqu'il est bien évident que tous les seaux
sont identiques et interchangeables et que, par conséquent,
ils ont tous la même valeur ; et cette valeur, c’est précisément
celle qui correspond au dernier besoin satisfait ou frustré.
Résumons cette démonstration :
La valeur est déterminée non par l’utilité totale, mais seu-
lement par l’utilité de la portion dont on a besoin ;
Cette utilité n’est pas la même pour chaque unité pos-
sédée ; et elle va décroissant, car l'intensité du besoin va
diminuant à mesure que le nombre d'unités possédées
augmente.
Or c’est l’utilité de la dernière unité possédée — de la por-
tion la moins utile, par conséquent, car elle correspond au
dernier besoin satisfait — qui détermine et limite l’utilité de
toutes les autres. C’est pourquoi on l'appelle l'utilité finale (1).
Cette théorie a son fondement dans la loi de satiété que
nous avons indiquée à propos des besoins (voir p. 51). On a
vu que tout besoin et tout désir disparaît dès qu’il est
saturé et se change même en répulsion pour l’objet qu’il
convoitait naguère. Cependant, dira-t-on, l’eau reste utile
même quand nous sommes désaltérés ? Oui, elle est utile en
ce sens qu’elle a toujours physiquement des propriétés
désaltérantes, mais économiquement elle n’est plus désirable
ni pour moi ni pour personne, puisque tout le monde en a
assez, en a même « de reste », comme on dit.
Il faut admirer cette théorie en tant qu’analyse psycholo-
gique très fine et vraie des besoins de l’homme et des varia-
(1) L'utilité finale doit donc être distinguée soigneusement de l'utilité
totale. Celle-ci constitue dans la somme des utilités additionnées de tous les
seaux d'eau et, par conséquent, elle est toujours très supérieure à l'utilité du
dernier seau. Voilà pourquoi l'utilité totale de l’eau est immense quoique
l’utilité d’un seau d’eau soit petite.
Le qualificatif finale n'est pas tout à fait satisfaisant. Il a été critiqué
comme impliquant l'idée d'une série décroissante, d'un numérotage qu'il faut
bien adopter comme procédé de démonstration, mais qui ne correspond pas à
la réalité. Quelques économistes préfèrent le terme utilité-limite, ou mar-
grnale comme disent les Allemands. On pourrait dire mieùx encore utilité-
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