410 =
«Je suis arrivé à cette conclusion en partant d’un point
de vue qui est fondamental toutes les fois que j'entreprends
d’examiner la situation italienne.
«Je considère la nation italienne en état de guerre per-
manent.
«J’ai déjà dit, et je le répète, que les cinq ou dix années
qui viennent seront décisives pour la destinée de notre peuple.
«Elles seront décisives parce que la lutte internationale
s’est déchaînée et se déchaînera de plus en plus, et il ne
nous est pas permis, à nous qui sommes arrivés un peu en
retard sur la scène du monde, de disperser nos énergies.
“ «De même que durant la guerre combattue sur le front,
on n’admettait pas de conflits dans les usines, qu’il y avait
des organes de conciliation qui les aplanissaient et que les
résultats furent satisfaisants, car il n’y eut jamais de suspension
du travail, de même, aujourd’hui, au moyen de ces organisa-
tions, nous réalisons le maximum de la puissance productrice
de la nation.
«Je vous disais que les dix prochaines anziées seront déci-
sives, et je le répète. Il faut s’entendre: les nations, comme les
individus, peuvent vivre ou végéter.
«Je crois qu’en tout cas nous pourrions végéter même
si nous devenions une colonie des pays qui auraient atteint
avant nous le poteau d’arrivée et auxquels nous devrions
probablement livrer le surplus de notre matériel humain.
C’est ce que j'appelle végéter.
« Vivre, pour moi, est quelque chose de bien différent. Vi-
vre, pour moi c’est la lutte, le risque, la ténacité.
« Vivre, pour moi, c’est ne pas se résigner à la destinée, même
pas à celle qui est désormais devenue un lieu commun, ce qu’on
désigne sous le nom de manque de matières premières. On peut
remplacer ce qui manque par d’autres matières premières.
« Quoiqu'il en soit, je vous prie de considérer pour donner
toute sa valeur au vote de cet article, que cette loi naît dans
une atmosphère politique et morale déterminée; elle est le
produit d’un régime déterminé. II n’y a aucun danger tant
que ce régime est imbattable, et tant que cette atmosphère
morale où la nation respire n’est pas modifiée.
«Ce régime politique et cette atmosphère, dans le caleul
des prévisions humaines, ne sont pas modifiables.
«Cette certitude justifie notre confiance dans la pré-
sente loi ».