Full text: Les questions fondamentales du marxisme

30 G. V. PLÉKHANOV 
Il va de soi qu’en parlant de solution complète de ce 
srand problème, nous n’avons en vue que sa solution géné- 
rale, algébrique, que le matérialisme n’avait pu trouver 
durant plusieurs siècles. Il va de soi qu’en parlant de solu- 
tion complète, nous avons en vue non pas l’arithmétique 
du développement social, mais son algèbre, non pas l’ex- 
plication des causes des différents phénomènes, mais l’ex- 
plication de la manière dont il faut s’y prendre pour décou- 
vrir ces causes. Cela signifie que l’interprétation matéria- 
liste de l’histoire a surtout une valeur méthodologique. 
Engels le comprenait parfaitement lorsqu’il écrivait : « Ce 
qu’il nous faut, ce ne sont pas tant les résultats bruts que 
l’étude : les résultats ne sont rien sans l’évolution qui y a 
conduit » (*). Mais c’est ce que ne comprennent, la plupart 
du temps, ni les « critiques » de Marx — auxquels le Sei- 
gneur pardonnera, comme on dit — ni certains de ses 
« adeptes », ce qui est bien pire. Michel-Ange disait de 
lui-même : « Mes connaissances engendreront un grand 
nombre d’ignorants ». Cette prédiction s’est vérifiée, mal- 
heureusement. Maintenant, ce sont les connaissances de 
Marx qui engendrent des ignorants. La faute n’en est évi- 
demment pas à Marx, mais à ceux qui disent tant de sot- 
tises en son nom. Mais pour éviter ces sottises, il faut 
précisément comprendre la valeur méthodologique du ma- 
térialisme historique. 
Un des plus grands mérites de Marx et d’Engels à 
l’égard du matérialisme est d’avoir créé une méthode juste. 
En concentrant tous ses efforts sur la lutte contre l’élément 
spéculatif de la philosophie de Hegel, Feuerbach en avait 
peu apprécié et utilisé l'élément dialectique. Il déclarait : 
« La véritable dialectique n’est nullement un monologue 
du penseur solitaire avec lui-même, c’est un dialogue entre 
le moi et le toi » (**). Mais, premièrement, chez Hegel, 
la dialectique n’avait pas non plus la valeur d’ « un mono- 
logue du penseur solitaire avec lui-même », et, deuxième- 
ment, l’observation de Feuerbach définit de façon juste le 
(*) Œuvres posthumes, I, p- 471. 
(**) Œuvres, II,\ p. 345.
	        
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