Contents: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

288 EN EUROPE. — ARMÉNIE. — CRÈTE. — MACÉDOINE. 
avaient conquis ensemble la Macédoine et la Thrace ; or, 
s’il y a en Thrace surtout des Musulmans, en Macédoine il 
y a des Grecs, des Serbes et des Bulgares : comment les 
répartir? Y a-t-il lieu même de les répartir? Car il y a un 
parti unitaire macédonien, qui voudrait l’autonomie de 
la Macédoine, qui ne voudrait pas qu’elle fût partagée, 
démembrée comme une petite Pologne. C’est pourquoi 
les Bulgares, forts de leurs éclatantes victoires, se fon 
dant sur la prépondérance certaine de leur race en Macé 
doine et sur les résultats très remarquables de leur pro 
pagande dans les dernières années, revendiquaient la plus 
grande partie de la province. 
Surtout, il y avait sous toutes ces querelles ethniques ou 
linguistiques la question de l’équilibre balkanique : les 
Bulgares, maîtres de la Macédoine, auraient touché l’Al 
banie, séparé la Grèce de la Serbie, régné sur les hautes 
vallées des principaux fleuves de la péninsule, préparé leur 
hégémonie sur la nouvelle Balkanie ; ils auraient constitué 
dès lors une véritable grande puissance. 
C’est pourquoi les discussions entre les alliés de la veille 
furent aussitôt extrêmement passionnées, et ils se tinrent 
les uns et les autres sur le pied de guerre le plus redou 
table. 
La Russie, conformément au traité du 13 mars 1912, 
intervint avec beaucoup d’énergie, rappela aux gouverne 
ments balkaniques l’engagement qu’ils avaient pris de sou 
mettre leurs différends à son arbitrage, les invita à envoyer 
leurs représentants à Pétersbourg, à démobiliser leurs ar 
mées, Des pourparlers s’engagèrent en ce sens, mais péni 
bles, interrompus par de continuels incidents. La Rou 
manie, qui avait déjà obtenu de la Bulgarie une rectification 
de frontière, intervint à son tour et déclara nettement que, 
si une guerre éclatait entre les « alliés », elle ne pourrait 
pas rester neutre ; elle agirait pour assurer le maintien de 
l’équilibre balkanique, donc contre la Bulgarie qui pouvait 
seule le compromettre. 
Tout à coup, sans qu’on sache encore à qui en attribuer 
la responsabilité, au gouvernement bulgare lui-même, ou 
seulement au parti militaire fier de ses dernières victoires, 
l’armée bulgare, dans la nuit du 29 au 30 juin, exécuta 
une attaque générale sur les armées serbe et grecque qu’elle 
avait devant elle. Elle attaqua d’un vigoureux effort Guev-
	        
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