PREMIERES NOTIONS
Et pourtant, méme pour ceux-ci, quelle injustice
quand on pense a |’activité que dépense le chien
a la chasse, courant toute la journée, haletant,
pour rapporter le gibier a son maitre, ou le boeuf
a la charrue, le cheval sous le harnais! Quel est le
patron qui ne serait heureux d’avoir aujourd’hui des
salariés qui ne fussent pas plus paresseux que ces
fidéles compagnons de travail ?
Quant aux animaux libres, il est vrai que lors-
qu’ils ont pourvu a leurs besoins qui sont trés
simples, comme je viens de le dire, ils ne sentent pas
le besoin de se livrer a des efforts supplémentaites.
Par conséquent, ils se reposent; cela ne veut pas
dire qu’ils soient paresseux, cela veut dire qu'ils
ne font que ce qu'il est nécessaire de faire.
Resterait a savoir pourquoi le travail, pour
I'homme, n'est pas aussi joyeux et aussi facile que
pour ’animal? Pourquoi a-t-il le caractére d'une
condamnation? On ne se I'explique que trop quand
il s’agit du travail sous lequel a gémi ’espéce hu-
maine pendant des siécles — travail de I’esclave,
travail du serf — et méme pendant les temps mo-
dernes et jusqu'a une date récente, le travail du
salarié,