LR RÉGIME FÉODAL DES CLASSES GOUVERNANTES 153
ment, ils réparent les pertes que ies violences des laïques
et les sécularisations intermittentes décrétées par les
princes pratiquerit dans leur patrimoine. Une partie des
terres d’Église n’est sans doute pas assimilée aux fiefs ;
celles qui sont concédées suivant la formule « pour le
service de Dieu » ou en « franche aumône » sont en principe
libres de redevances et services et ne relèvent que de la
divinité, mais, en fait, elles “ont rattachées bientôt à la
hiérarchie féodale, puisque les seigneurs y exercent les
droits de justice et de patronage. Beaucoup de domaines
ecclésiastiques sont d’ailleurs de vrais fiefs, distinets des
terres en franche aumône. Leur étendue est considérable.
En Angleterre, certains évêques ont des fiefs qui peuvent
fournir jusqu’à 60 chevaliers à l’armée ; une bonne part
du sol anglais et. irlandais appartient ainsi à l’Église
anglo-normande. En Allemagne, les possessions ecclésias-
tiques couvrent la moitié du sol. « Ce.sont les évêques qui
y ont tout, » dit un roi de France au XII° siècle. La Rhé-
nanie, en particulier, n’est « qu’une rue des prêtres », suivant
le dicton célèbre. Aux Pays-Bas les vingt trois abbayes
bénédietines et les évêchés comptent au premier rang des
grands propriétaires fonciers. En France, certaines abbayes
ont plus de 100.000 hectares de terres, et des évêques,
comme celui de Langres, détiennent tout un comté. En
Espagne, où les donations affluent et où les rois réservent
le tiers (tercias reales) des terres conquises à l’Église, les
abbayes et les évêchés s’approprient de vastes territoires ;
celui de l’archevêque de Santiago n’a pas moins de 24 milles
de circuit. En Lombardie, l’Église détient UN tiers du sol ;
l’évêque d’Asti a 100.000 arpents de terre, celui de Florence
200 châteaux, l’abbé de Farfa 132 et Pévêque de Bologne
2.000 manses (domaines). Dans l’ensemble de l’Occident,
la proportion du sol qui est passée aux mains de l’Église
semble devoir être fixée entre le tiers et la moitié de la
totalité.