L'IMPOT FONCIER ET LA CAPITATION PERSONNELLE
fus, par un certain Audinus, le fils de celui-ci mourut après trois
jours de maladie*.
Les hagiographes du vin° siècle, écrivant à l’époque où l’impôt
sur terre d’Eglise n’était plus guère qu’une survivance, parlent avec
horreur de cette « détestable coutâme » et des êtres féroces qui
viennent la percevoir. L'auteur des Miracles de saint Outrille
(Austregisilus) de Bourges®, qui écrit vers 750°, nous donne un
récit légendaire* des tentatives du maire du palais Warnacharius*,
pour soumettre Bourges au tribut. Il mérite d’être reproduit comme
témoignage d’un état d'esprit :
« Pendant sa vie le saint eut le souci quotidien, en pieux
pasteur, de l’église et du troupeau (plebs) à lui confié et se préoc-
cupa de le préserver de la dent du loup ravisseur. Alors vint du
palais du roi Thierry, et de sa part, un homme très cruel, du nom
de Garnier, dévoré de la passion sordide de l’avarice, enflé d’orgueil,
pour soumettre au tribut la ville et le pagus de Bourges, rapporter
au roi l’or et l’argent, que chacun devait selon sa condition (secundum
suam personam). La population qu’on veut rendre tributaire accourt
auprès de saint Outrille pour qu’il la délivre de la détestable cou-
tume et lui vienne en aide par ses saintes prières. Alors le saint.
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1. L. IX, c. 30.
2. La decnière édition est celle de Bruno Krusch dans Scriptores rerum Merovin-
gicarum, t. IV, p. 200.
3. 'Krusch (p. 189-190) veut abaisser cette composition jusqu’au xe siècle.
L'auteur ne peut être, dit-il, du vin° siècle, car il attribue (c. 5, Pp. 202) au prin-
ceps Pippinus la guerre contre Eudes d’Aquitaine qui est le fait de Charles Martel.
Le mot stallum, contraction de stabulum, ne peut apparaître avant l’onzième siècle,
Mais stallum ne vient pas de stabulum mais du germanique stal. Quant à Pipinus
c’est un simple lapsus : un peu plus loin (c. 11, p- 206) l’auteur dit correctement
Karolus princeps. Le titre de princeps donné à Pépin montre que, écrivant après
741, notre hagiographe a composé ses miracles avant la’ date de l’élévation au
trône de Pépin, en novembre 751. Il suffit de lire ces miracula pour se rendre
compte que l’auteur écrit à une époque où le souvenir d’Eudes d'Aquitaine (mort
en 735) et de sa domination à Bourges était encore récent. — La Vita Austregisili
est antérieure aux Miracula. Elle ne renferme rien d'historique, comme l’a bien vu
Bruno Krusch Çt, IV, p. 188), mais sa composition se place encore à l’époque
mérovingienne (vers 700 ?) et non à l’époque carolingienne.
4. L'auteur imite visiblement la. Vita s. Sulpicii.
ÿ. Il n’est pas douteux en effet que son Warnarius ne soit identique au maire du
palais de Bourgogne, Warnacharius, dont Frédégaire (IV, 54) rapporte la mort à
un.endroit qui correspond à l’an 627 ou 628. L’hagiographe place la mort de W.
à Anlacciaco, c’est-à-dire à Anlézy (Nièvre, arr. Nevers, cant. Saint-Benin-d’Azy).
Il n’est pas impossible que ce renseignement soit historique et ait pour source une
inscription sur le tombeau du maire du palais. Anlézy est en Bourgogne.