1do L'IMPOŸ FONCIER ET LA CAPITATION PERSÔNNELLE
apparaisse aux yeux de tous, Romains et Francs, clercs et laïques,
comme une « mauvaise coutume », une exaction, une extorsion, un
péché *,
Cependant on se tromperait fort si l’on imaginait que les rois
francs y ont renoncé de gaîté de cœur. Remarquons d’abord dans
les exemples de « repentir » qu’il ne peut s’agir que d’accès spora-
diques, suivis de prompts retours ?. N’oublions pas ensuite que les
Clotaire ou les Chilpéric ne livrent au feu que les registres nou-
veaux portant des aggravations dans le taux des contributions. Ce
qu’ils font, en «réalité, c’est de revenir au taux de leurs pères. A
cette condition l’impôt, longtemps encore, fut supporté, pourvu que
son taux ne fut pas excessif. mais il se stabilise et devienne comme
coutumier*.
C’est tout ce que demande l'aristocratie qui, après avoir renversé
Brunehaut et sa descendance *, impose ses conditions à Clotaire II
en 614. En ce qui touche l’impôt l’Édit du 18 octobre porte à lar-
ticle 8 : « que partout où un cens nouveau a été établi par impiété
et provoque les réclamations du peuple, on l’adoucisse miséricor-
et il n'existe pas de dépenses publiques correspondant aux revenus publics ; les
revenus de l’État deviennent les revenus du roi. F. de C. (Monarchie franque,
p. 275, note 3) s’est permis contre ce livre une sortie aussi iniuste que vio-
ente.
1. Lehuërou (p. 439-497) veut que la lutte décisive entre l’aristocratie franque
et la royauté se soit engagée sur la question de l’impôt. C'est une vue trop étroite
de la réalité.
2. Le même Chilpéric, qui jette au feu les « livres », se plaint de l’enrichisse-
ment de l’Église : « notre fisc s'appauvrit, toutes nos richesses passent aux
églises. Ce sont les évêques qui règnent vraiment et tout notre honneur est trans-
féré aux prélats descités ». Et il violait constamment les testaments faits en l’hon-
neur des églises et foulait aux pieds les recommandations de son père. » (Grég,
de Tours, |. VI, c. 46). Cf. les propos du Poitevin Léon, conseiller de Chram-
nus, fils de Clotaire Ier, alors dans le Centre : « hic fertur quadam vice dixisse
Martinus et Marcialis, confessores Domini, nihil fisci viribus utile reliquerent »
ib, 1, IV, c. 16).
3. Cf. Roth, op. cit, p. 88; — F. Thibault, loc. cit, p. 215, 216 ; — Fustel de
Coulanges, Monarchie franque, p. 268-269.
4. Protadius, créature de Brunehaut, avait abusé de l’impôt et des confiscations :
« Anno X regni Theuderici Protadius, instante Brunechilde, Teuderico jubente,
major domus substituitur. Cum esset nimium argutissimus et strenuus in cunctis,
sed saeva illi fuit contra pérsonas iniquitas, fiscum nimis stringens, de rebus
personarum ingeniose fisco vellens implere et se ipsum ditare ; quoscumque de
gente nobili repperiret totosque humiliare conabatur, ut nullus repperiretur qui
gradum quem adriperat potuisset adsumere. Haec his et aliis nimia sagacitate
vexatus maxime cunctos in regno Burgundiae lucratus est inimicus » (Fredeg..
7. 27).