ADDITION
NATURE ET ORIGINE DE LA TAILLE
Les récents travaux de M. Carl Stephenson ! ont montré que la faille
ou folle, perçue en France sur les habitants des campagnes et des villes, ne
saurait être bien comprise, quant à sa naturc et À son origine, si on ne la
“approche des contributions similaires levées en Allemagne sous les appel-
ations plus transparentes? de petitiones, precariae, beden (bitlen), etc.
La faille, dite aussi tolte et queste, est considérée chez nous comme une
redevance, généralement annuelle, que tout seigneur lève sur ses
« hommes », paysans ou citadins, et dont il fixe le montant « à volonté »
‘ad misericordiam). Elle serait caractéristique du servage 3.
Bien que les exemples de taille seigneuriale ne se rencontrent avec
abondance qu’à partir du x1° siècle * il est certain néanmoins que la chose
existait bien antérieurement. Je vois, en 971, dans un village du Mâcon-
nais appartenant au comte Aubry, chaque tenue (manse) devoir, à la
Saint-Tean. un mouton et, à la Saint-Martin, un porc et deux sous, plus.
1. 1° Les Aides des villes françaises au XIF et au XIIT° siècles dans le Moyen Age,
t. XXIV, 1922, p. 274-328 ; — 2° La Taille dans les villes d'Allemagne, ibid,
t. XXVI, 1924-25, p. 1-43 ; — 3° The Origin and nature of the taille, dans la
Revue belge de philologie et d'histoire, t. V, p. 801-870; — 4° The seignorial tallage
in England, dans Mélanges d'histoire offeris à Henri Pirenne (1926), p. 465-474.
2. La taille est essentiellement un mode de perception, au moyen d’un bâton
fendu en deux parties égales qu’on rapproche pour en faire une coche lors de la
fourniture de la redevance. C’est dire que « taille » pourrait s'entendre d’un
impôt où perception quelconque. Ce terme ne saurait donc fournir de lumière
sur l’origine de la redevance auquel il s’est appliqué spécifiquement dans la France
du Nord. Il en va de même du mot folia usité comme équivalent de fallia. Ii
en va différemment de quaesia, en français queste, terme plus répandu dans le
Midi de la France.
3. Luchaire, Manuel des Institutions françaises, p. 309 ; — M. Sée, Les classes
rurales, p. 357 ; — Esmein, Cours, p. 262; — Glasson, Hist. du droit, IV, p. 449;
— Brissaud, Cours, I, p. 761, etc.
4. M. C. Stephenson a fait des relevés abondants (Revue belge…, p. 801-855).
Naturellement il est possible d’augmenter les exemples, les textes où il est question
de taille sont innombrables.