CH. XXI. - DES PIIOFITS ET DE L’LM'ÉKÈÏ DES C.\P1TAUX. “265
« capitaux d’un grand nombre de riehes commerçants sont versés
>• dans la même branche de commerce, leur concurreuce mutue e
faire que, par la solidarité qui relie les membres de la famille Wmame , !^
souffrances ou les joies des uns ne retentissent, tôt ou tard dans lâme de tous.
Chacune de ces grandes années de crise, qui ont ébranlé les sociétés anglaise,
américaine, française, et ont jeté sur la place publique, dans le forum ardent
et courroucé, les masses sans travail que vomissaient les manufactures; cha
cune de ces années aurait dû enseigner à l’austère économiste que les ouvriers
sont la base de l’édifice industriel, et que lorsque la base d’un ediüce s ébranlé le
faite est bien près de s’écouler, en d’autres termes, que la ruine frappe en meme
temps en haut et en bas. D’un autre côté, chacune de ces années radieuses, ou
l’on vit les débouchés s’agrandir, les capitaux afduer dans toutes les industries
pour les vivifier, le travail rouvrir, comme une formule magique, les portes
muettes des ateliers, l’abondance secouer de toutes parts sur le inonde ses mer
veilles et ses richesses, chacune de ces années, dis-je, aurait dû lui prouver que
si les mauvais jours pèsent sur les chefs et sur les ouvriers, les jours de prospérité
ont des récompenses pour tous, sous forme de hauts salaires pour les uns, et de
riches inventaires pour les autres. Je ne puis croire que Ricardo se soit tenu
assez loin des événements pour n’en pas suivre la marche, et n’en pas comprendre
les enseignements, et ces événements eussent été pour lui un espoir, et non une
sorte d’anathème, si, à mon humble avis, du moins, l’arme du raisonnement et
de l’observation ne s’était faussée entre ses mains. Je ne vois pas d’autre moyen
d’expliquer comment, toutes les fois qu’il indique une hostilité profonde dans
les rangs des travailleurs, les faits répondent au contraire par une union qui n a
rien certainement de la tendre affection que nous promet Fourier entre pag^
et pagesses, mais qui repose sur l’intérêt individuel, garanti par l’intérêt social,
- du moins autant que le permettent toutes les charges qui sous le nom d oc
trois, de douanes, d’impôts exagérés, de dettes publiques grèvent le producteur
et altèrent les contrats économiques.
Au spectacle du développement merveilleux de l’industrie, des progrès inespérés
de la mécanique qui, d’un côté, abaissent chaque jour la valeur courante des
marchandises, et de l’autre, provoquent l’accroissement des salaires par l’immen
sité de la tâche qu’il s’agit d’accomplir et par la demande de travailleurs : au
spectacle de cette double impulsion, ascendante pour le prix du travail, descen
dante pour le prix des produits, le savant auteur des Principes d’Economie
Politique n’a pas senti que, loin d’être pour le manufacturier une cause de
ruine, l’avilissement graduel de ses marchandises était la base la plus sûre de sa
prospérité. Dans le fait, et par une aberration étrange pour un aussi grand esprit,
— aberration devant laquelle le respect a même fait longtemps hésiter notre main,
— Ricardo a confondu une diminution dans la valeur des produits avec une di
minution des profits. Il a vu que, par la concurrence des producteurs, les inven
tions se succèdent chaque jour dans le champ industriel, que les forcfô méca
niques se retrempent au contact de la science ; il a vu que le génie de loinme,
entassant ainsi les produits, luttait de prodigalité avec la nature e e in me, e
tendait à faire des richesses sociales un fonds où les plus humbles vinssen puiser