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PREMIERES NOTIONS
le prét a intérét était nécessairement lié a la pro-
priété individuelle et qu'il est absurde, aussi long-
temps que la propriété individuelle est reconnue, de
supposer que le prét pourra étre gratui’. Par con-
séquent la question ne se pose plus sur ce terrain
de la légitimité de I'intérét, mais elle se pose sur
le terrain de la légitimité de la propriété du capital,
en sorte que la discussion s’est déplacée. Si la pre-
miére a disparu, 'autre demeure; nous la retrou-
verons plus loin.
Mais il y a aussi une raison de fait qui explique
ce changement : c'est que la situation des créan-
ciers et des débiteurs s'est intervertie. Pendant toute
histoire du passé, le créancier, c’est-a-dire le
préteur, était le fort, et le débiteur, c’est-a-dire ’em-
prunteur, était le faible. Lun était le riche, le
puissant, le patricien; I'autre était le besogneux,
le prolétaire, le misérable. Aujourd’hui, il n’en est
plus ainsi. Qui sont donc maintenant les plus grands
débiteurs? les plus grands emprunteurs? Ce sont
les ‘Etats d’abord, puis les grandes banques, les
grandes Compagnies. Eit qui sont les préteurs? Mais
c’est vous, c'est moi, ce sont souvent de trés petites
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gens, ceux qui ont économisé un peu d'argent et