LES CAPITALISTES RENTIERS 537
lecteur : elle est simple et claire. Mais les économistes plus
récents la qualifient de « naïve » et l’ont soumise à une
analyse impitoyable (1). Elle a subi le même sort que la loi
de l'offre et dela demande (p. 249) ou la théorie quanti-
titive (p. 258).
D'abord, on fait remarquer que si c’est la productivité du
capital qui explique l'intérêt, cette explication fait complète-
ment défaut quand il s’agit du prêt de consommation. Il
faut donc conclure en ce cas que l'intérêt est sans cause,
c’est-à-dire qu’il n’est qu’un prélèvement perçu sur la
bourse de l’emprunteur, prélèvement légitime en droit, si
l’on veut, puisqu'il résulte d’un contrat, mais qui ne
correspond à aucune valeur échangée.
Mème s’il s’agit d'un capital employé productivement, du
raboi, on dit que l’idée de productivité est équivoque, car
elle implique une productivité matérielle, planches, pois-
sons, etc.; or, s’il est évident que l'emploi du capital
permet au travail de produire davantage en quantité et en
utilité, il n’est nullement démontré qu’il lui permette de
produire davantage en valeur. Créer l’abondance ce n’est
pas créer la valeur (p. 54). Il ne faut pas confondre la pro-
ductivité fechnique et la productivité économique. Les
machines confèrent-elles aux produits fabriqués par elles
une valeur supérieure à celle des produits faits à la main ?
Oui, s’il y a monopole : non, s'il y a concurrence. En ce cas
les produits ramenés au coût de production n’acquièrent
aucune valeur supplémentaire autre que celle représentée
par le coût et l'usure de la machine. On comprend qu’il faut
que le prix des planches comprenne la valeur nécessaire
pour reconstituer la machine ou le rabot (la prime d’amor-
tissement), mais on ne comprend pas en vertu de quelle loi
(1) Il faut nommer au premier rang l’économiste autrichien Bohm-Bawerk
qui, en 1884, dans un livre qui marque une ère dans l’histoire des doctrines,
a criiqué la théorie de la productivité, ainsi d'ailleurs que toutes les autres
explications qui avaient été données de l'intérêt Dans un second volume,
en 1889, il a exposé sa propre théorie dont nous allons parler. Ces deux
volumes ont été traduits en français en 1902-1904 sous le titre Histoire des
théories de l'intérêt.