PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
$ 1. A l’état primitif, l'homme se contente des produits que
la terre lui donne spontanément, ce qui ne veut pas dire
qu'il n’ait à peiner terriblement pour se les procurer, mais ce
qui veut dire simplement qu’il ne peut ni ne sait les modifier,
C’est la première étape de l’industrie, celle des peuples chas-
seurs ou pêcheurs. Elle a duré, à ce qu’il faut croire, infini-
ment plus longtemps que les périodes industrielles qui ont
suivi — quelque 200.000 ans, à ce qu’assurent certains paléon-
tologistes. Encore n’est-il point vrai de dire que la chasse ait
été la première forme de l’industrie humaine, car elle suppose
des armes, l’arc, le javelot, la fronde ou le piège ; elle a donc
dû être précédée par une phase qui se perd dans la nuit des
temps, où l'industrie humaine ne se distinguait en rien de
l’industrie animale, c’est-à-dire où l’homme en était réduit à
guetter et à attraper, tant bien que mal, quelque misérable
proie : c’est le régime qu’on a appelé, pour le distinguer de la
chasse, d’un nom assez expressif, la quête.
La chasse, quel que soit le nombre des millénaires qu’elle
ait duré, n’a jamais pu élever aucun peuple à l’état civilisé,
au sens où nous entendons ce mot. C’est parce qu'elle est
trop peu productrice, ou pour mieux dire trop dévastatrice,
pour permettre à une population d’atteindre à ce minimum
de densité qu’exigent la vie sociale et le développement de
l’industrie. Si la population française devait vivre de la
chasse, et même en supposant que le gibier disparu pût se
reconstituer, elle se réduirait à quelques centaines de milliers
d'hommes. Le nombre des Peaux-Rouges n’était pas plus
élevé au temps où ils occupaient en maîtres un territoire
deux ou trois fois plus vaste que la France.
Il en est tout autrement de la pêche. Celle-ci, du moins la
pêche maritime, s’est montrée beaucoup plus efficace pour
faire vivre les hommes et même pour les élever à un degré
de civilisation relativement élevé. Cette supériorité s'explique
aisément par les caractères différents de ces deux modes
d'exploitation des richesses naturelles :
a) La pêche fournit une alimentation généralement plus
abondante et moins dépendante du hasard que la chasse.
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