NOS VIFEILLES COLONIES 117
Des trois îles c’est certainement la Réunion qui a le
mieux compris l'intérêt de varier ses cultures et de ne
pas se consacrer à celle de la canne. Elle vend à l’exté-
rieur ses essences et ses parfums, son tapioca et ses fécules,
ses cafés et son tabac. M. Jacob de Cordemoy, qui a
consacré à son pays d’origine une magistrale étude, a
rappelé ce qui avait déjà été dit par Élysée Reclus :
« que la Réunion est le microcosme de la végétation uni-
verselle ». Si un cataclysme engloutissait le monde entier
à l'exception de la seule Réunion, on y retrouverait des
schantillons de toutes les plantes et de toutes les cultures,
depuis les espèces tropicales sur le bord de la mer jus-
qu’aux arbres fruitiers et aux céréales d'Europe à partir
de quatre cents mètres ; plus haut, les forêts où voisinent
les arbres des pays chauds et ceux des pays tempérés ;
à quinze cents mètres la pomme de terre et sur les cimes
les plus élevées les mousses et les lichens. Si trente jours
de navigation et même davantage, car ni les Messageries,
ni la Compagnie Havraise péninsulaire n’assurent de
services bien réguliers, si le percement de l’isthme de Suez
n’avait pas détourné les bateaux qui, allant aux Indes,
passaient en grand nombre devant l'île, la Réunion serait
de toutes nos vieilles colonies la plus riche et la plus
active.
Aussi a-t-elle voulu avoir son chemin de fer et son port-
À cette époque elle était ruinée parce qu’elle était coupée
de toute communication avec l’Europe et l’océan Indien.
L’État lui vint en aide pour réaliser son projet, mais quelle
étrange histoire ! On avait le choix entre Saint-Pierre qui
possédait déjà un port médiocre, mais qui avait tout
au moins le mérite d’exister, la baie de Saint-André qui
était un port naturel qui n'aurait exigé que des travaux
peu coûteux et la rade de Saint-Denis, qui n’était, il est
vrai, qu’une rade foraine, mais bien placée. Mais le député
de Saint-Pierre avait été ministre, le maire de Saint-Denis
était sénateur. Pour ne mécontenter ni l’un ni l’autre.