160 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
un débouché d’une importance trop souvent méconnue
il est un débouché pour les hommes, pour les capitaux
pour les marchandises.
Ma vie est assez longue pour que je me souvienne de
l'époque où l’on considérait les colonies et même l’Afrique
du Nord comme le déversoir où l’on envoyait le rebut
des familles bourgeoises. Les choses ont singulièrement
changé depuis cette époque. Tous ceux d’entre vous qui
connaissent les coloniaux de carrière savent ce que ces
hommes, quand ils reviennent en France, y apportent de
largeur d’esprit, de goût pour le risque et l’entreprise.
qualités que l’on ne rencontre plus très fréquemment dans
les civilisations un peu vieilles comme la nôtre. Et nous
possédons aujourd’hui un corps de fonctionnaires colo-
niaux qui ne le cèdent à aucun similaire étranger en
valeur intellectuelle et morale.
Si vous considérez en particulier les militaires, ceux
qui ont marqué dans l’administration coloniale repré-
sentent incontestablement des échantillons supérieurs de
l'humanité. Je n’en veux pour preuve que la dernière
guerre. Au lendemain de 1870, c’était un fait d’observa-
tion courante. que les militaires qui s’étaient formés en
Afrique du Nord, habitués à la guerre de guerillas, aux
opérations par petits paquets, étaient complètement
insuffisants pour manœuvrer les grandes masses d’hommes
utilisées dans la stratégie continentale. En 1914, au con-
traire, la plupart des grands chefs qui nous ont conduits
à la victoire sont de formation coloniale. Ils sont de
l’école des Gallieni, des Lyautey, de ces hommes qui,
pendant un long séjour dans les diverses parties de notre
empire d’outre-mer, ont eu à traiter toutes les questions
qu’un homme d’État doit connaître : questions admi-
nistratives, d’hygiène, d’alimentation, de transport, ques-
tions de psychologie tant française qu’indigène, car j'ose
dire que la psychologie joue un rôle prédominant lors-
qu’il s’agit de tenir, durant près de cinq ans, un grand