Full text: L' empire colonial français

KIT L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS 
dans nos convictions et s’est transporté finalement 
sur le terrain, de 1885 à 1895. Brazza fut mon 
maître ès choses africaines, comme il fut le maître 
de tant d’autres. Qu’il me soit permis de rappeler, 
une fois de plus, ce qu’à ce grand Français, la 
plus grande France doit. 
Jamais je ne pourrai dire ce qui est resté dans 
mon souvenir et dans ma pensée, de la figure de 
cet homme à qui la France doit tant : maigre et 
long, le dos voûté, la barbe inculte, les yeux infin1- 
ment doux, il était, sous ces apparences délicates, 
l’homme de la décision, de l’énergie et de la persé- 
vérance inlassable. Quand, dans son langage hési- 
tant, tout coupé de silences et de détours imprévus 
comme une sente africaine, il déployait lentement, 
péniblement, ses vastes projets, quand il soulevait 
les voiles qui, pour tout autre que pour lui, cachaient 
encore « le continent noir », quand il mettait le 
doigt sur la carte, vierge de noms, et qu’il disait : 
« Il faut aller là! » l’exécution, dans sa bouche, 
paraissait si simple, qu’on eût dit qu’il n’y avait 
qu’à le suivre pour toucher le but ; et si sa pensée 
remontait devant vous un de ces fleuves dont 
tous et lui-même parfois, ignoraient le cours, une 
Sangha, un Oubanghi, s’il traçait sa route future, 
accompagné de quelques porteurs, sur ces rivages 
inconnus, si sa foi ardente vous avait convaincu 
et qu’il partît…, la porte fermée, vous vous 
disiez, dans l’angoisse : « Reviendra-t-il? » Et, 
après des années d’attente et d’espoir désespéré, 
il entrait sans bruit, timide, modeste, disant : 
« J’en reviens. » Alors, on était saisi, en vérité, 
du sentiment de la grandeur humaine, celle qui
	        
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