épiciers, deux ne savaient pas leur métier. Pourtant, ce
serait faire tort à notre époque et donner une fausse
idée de l'importance de ce renseignement, si l’on n’insistait
pas sur le fait que l'insuffisante préparation professionnelle
des marchands a donné lieu à des plaintes
en tout temps. Il n’y a pas grand chose de nouveau sous
le soleil. On trouve dans les « Patriotische Phantasien »
de Justus Moser (2e moitié du 18 siècle) cette phrase
qui pourrait tout aussi bien être de nos jours :
«Des centaines de gens se sont installés à la campa-»
gne pour y exercer le petit commerce sans jamais l'a->
voir appris » *.
Toutefois, la situation s’est certainement aggravée au
cours du dernier demi-siècle. Il devait en être ainsi,
pour une foule de raisons, malgré les progrès de la
culture en général et du savoir commercial en particulier
(écoles de commerce). Car le manque de détaillants
préparés à leur tâche, manque relatif puisqu’il en demeurerait
assez si ceux qui connaissent leur métier reslaient
seuls à l’exercer, est un étonnant paradoxe à une
époque où la profession commerciale est plus encombrée
qu’aucune autre de travailleurs qualifiés ? ; en fait, les
véritables commerçants fuient la profession de détaillants,
Voilà qui en dit plus que des volumes sur la médiocrité
des perspectives qu’elle ouvre * :
1 «Hundert Leute haben sich auf dem Lande niederge->
lassen und die Krämerei ergriffen, ohne sie jemals erlernt
»zu haben ». (Cité par Sombart, Der moderne Kapitalismus.
tome Il, page 453).
* Voir au sujet de la pléthore des employés de commerce
le très remarquable ouvrage du Dr rer. pol. Willy Luick
‘Unionsbuchdruckerei, Berne, 1929), intitulé: Der berufliche
Nachwuchs in der Schweiz.
3 Peut-être le mal viendrait-il de ce que notre enseignement
commercial est trop dirigé vers la préparation aux
carrières administratives (comptables, correspondants, etc.)
èt pas assez vers celle des carrières actives (vendeurs).