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qui proposent des remèdes à la crise du petit commerce
ne manquent pas de lui recommander en première ligne
« d’imiter la vente au comptant des grands magasins »
(v. p. ex. Engel, op. cit.).
La vente à crédit renchérit les marchandises, « Ses
abus se répercutent sur la hausse des prix », dit Clerget.
Il y a à cela plusieurs raisons. Pour vendre à crédit sans
s’exposer à des embarras financiers, il faut posséder un
capital très important, puisqu'on en immobilise une
bonne partie chez ses clients, et cela en permanence.
En effet, si chaque jour certaines factures sont réglées,
chaque jour aussi de nouvelles dettes sont faites par les
consommateurs, de sorte que le commerçant est sonti-
nuellement privé de la libre disposition d’ ue partie,
peut-être très notable (boucherie) de sa fortune. L’inté-
rêt que rapporterait ce montant, s’il jouait un rôle actif
dans la maison de commerce ou s’il était placé en ban-
que au lieu d’être un capital mort, est perdu pour le
commerçant.
Nous avons déjà constaté que la médiocrité des capi-
taux d’exploitation est une des plaies du petit commerce.
Ce mal est naturellement encore aggravé par un sys-
tème qui, nécessitant plus de capitaux pour fonctionner
normalement, élargit l’abîme entre ceux qu’on devrait
avoir et ceux qu’on a. Paralysé par l’absence de fonds,
le détaillant est à la merci du grossiste, et nous avons vu
ce que cela veut dire. Il ne pourra bénéficier de la re-
mise que font les maisons de gros à ceux de leurs clients
qui payent dans les trente jours ; il ne pourra jamais
payer une traite qu’à la dernière minute, d’où des frais
supplémentaires. Et si les commandements de payer se
mettent de la partie, il en résultera, en plus du désagré-
ment, de l'atteinte à la réputation de la maison, des
soucis, une nouvelle série de dépenses inutiles. À cela
s'ajoute une autre circonstance : parmi les clients qui
sollicitent du crédit, il en est qui ne pourront pas payer.