D12 L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
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Sur ces entrefaites, M. Luppis entra en rapport, par l’entremise d’un
de ses amis, avec mon beau-père M. Whitehead, alors diiectem du Stabi-
limento técnico di Fiume, et cpii s était acquis pai ses consti uclions de
machines pour la marine de guerre autrichienne une tiès-giande réputa
tion. C’est à M. Whitehead que l’on devait 1 excellente machine de la llé
gate Ferdinand-Max, qui, dans la bataille de Lissa, coula bas la Legate
cuirassée le Ile d’Italia. M. Luppis expliqua son idée a M. Whitehead, et
n’eut pas de repos qu’il ne se fût associé l’habile ingénieur anglais.
M. Whitehead se mit au travail avec cette ardeur qu’il apporte en toute
chose, mais il ne tarda pas à se convaincre que l’invention de M. Luppis
était trop défectueuse pour avoir chance de succès. « Jamais, lui dit-il,
nous ne parviendrons a diriger notre brûlot par les gros temps, de sorte
que cette arme restera sans effet pratique. Je crois qu’il vaut mieux cher
cher un corps plus petit, qui puisse se mouvoir de lui-même à une cer
taine profondeur au-dessous de la surface de l’eau, — comme un gros
poisson, — et qui soit tout à la fois à l’abri du vent et des vagues, et invi
sible à l’œil de 1 ennemi. »
M. Luppis comprit la sagesse de cet avis, et M. Whitehead, sans repos
ni trêve, jour et nuit obsédé de son idée, encore vaporeuse comme le
brouillard, se mit à la rouler dans sa tête, la retournant et la fouillant en
tous sens, cherchant à lui donner une forme.
Enfin il trouva la torpille, — le fisch-torpedo. — La foi à toute
épreuve de son associé, M. Luppis, soutint son courage. Après huit ans de
travaux, d’études, d’essais, d’expériences de toute espèce, M. Whitehead
déclara enfin son œuvre terminée, et il s’adressa au gouvernement autri
chien. L archiduc Léopold, directeur du génie et inspecteur de la marine,
vit immédiatement tous les avantages qu’on pourrait tirer d’une semblable
découverte. Il envoya le contre-amiral Frantz à Fiume, assister à des
essais. Cela se passait en 1866. Au mois de mai de l’année suivante, une
commission spéciale, dont je faisais partie, arrivait à Fiume pour étudier
de plus près la nouvelle découverte. L’affût du lancement consistait alors
en un simple tube de fer, placé à un mètre sous l’eau et qui se fermait ou
s ouvrait au moyen d’une soupape. — On construisit, sur le modèle d une
frégate cuirassée, une carène en bois que Fou chargea de pierres jusqu a te
qu elle se fût enfoncée à quatre mètres environ dans 1 eau. La torpille
lancée contre cette cible partagea la carène dans toute sa longueur comme
si on l’eût sciée en deux, et les pierres, soulevées dans 1 explosion pai une
énorme vague, furent lancées dans les airs.
— L expérience avait pleinement réussi, fis-je.