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LA HONGRIE
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lion d’avoir la meilleure cuisine du comital, voulez-vous nous faire
l’honneur de dîner avec nous à votre table ?
La châtelaine, qui avait de la présence d’esprit et qui connaissait les
brigands hongrois, répondit en souriant :
— J’accepte votre offre, puisque c’est vous qui êtes les maîtres ici ce
soir. Et s’adressant à sa femme de chambre, qui s’était blottie pâle et
tremblante dans un coin, elle lui dit : « Va commander le dîner. »
— Un dîner de vingt-deux couverts, fit Sobry.
— Un dîner de vingt-deux couverts, entends-tu? répéta la châtelaine.
Et qu’on mette les petits plats dans les grands; que la cuisinière se
distingue et nous donne toutes provisions qui restent.
Quand la femme de chambre fut sortie, Sobry, s’approchant de la com
tesse B..., lui dit avec une exquise politesse :
— Madame, il faut que je vous avoue une passion malheureuse...
j’aime les bons vins.
— Mais c’est une passion nationale, observa la dame en souriant, et
vous n’avez pas à en rougir.
— Je sais enfin, madame, continua Sobry, que si votre cuisine
est la meilleure de la contrée, votre cave peut rivaliser avec votre cui
sine.
La châtelaine feignit d’etre flattée du compliment et sourit.
— Voulez-vous donc, madame la comtesse, me permettre de vous
offrir mon bras pour descendre à la cave ? Nous ferons notre choix nous-
mêmes ; de la sorte, nous serons surs de ne pas nous tromper.
Continuant de faire bonne mine à mauvais jeu, madame de B... accepta
le bras que le brigand lui offrait, et descendit avec lui à la cave choisir
les plus vieilles bouteilles de vin de Tokay.
Quand le moment du dîner fut venu, la châtelaine, conduite par Sobry,
prit place an haut bout de la table et présida au repas. Le chef des brigands
lui porta de nombreux toasts, ainsi qu’à son mari et à sa famille ; et vers
une heure du matin, après avoir, selon la mode hongroise, baisé la main de
la dame, Sobry se retira avec ses compagnons, sans emporter une seule
cuiller d’argent, même comme souvenir.
Sobry poussait aussi loin que le plus habile comédien la science de se
grimer et de se travestir. Une fois, il vola des habits d’évêque et entreprit
une tournée pastorale dans les presbytères de la basse Hongrie, où il fut
reçu avec tous les honneurs dus à son haut rang.
Un jour, un monsieur, dans un superbe équipage, passait sur la grande
route. A côté du cocher se tenait un hussard du comital, en uniforme. Près