154 L’APOGÉE DU TRAVAIL MÉDIÉVAL
Les domaines des princes souverains. — Les princes sou-
verains eux-mêmes ont été forcés d’entrer dans les
cadres de la féodalité et les domaines qu’ils gardent,
sur lesquels s'appuie en grande partie leur puisances
sociale, ont pris le caractère féodal. Beaucoup moins
habiles que les clercs, ils ont souvent perdu, par les aliéna-
tions et les concessions, une partie de cette richesse fon-
cière qui a subi d’incessantes variations. Ici, dans l’An-
gleterre anglo-normande, leur pouvoir a été assez fort,
pour qu’ils aient pu se constituer une vaste réserve terri-
toriale, formée, vers 1085, de 1.423 grands domaines,
auxquels ils ont ajouté, au xI1° siècle, la majeure part du
sol de l’Irlande, outre les forêts, les terres vaines, les biens
en déshérence, les biens confisqués sur leurs vassaux
rebelles. C’est ainsi qu’en 1188, ils détiennent le, revenu
annuel le plus élevé que des souverains d’Occident aient
pu obtenir, 750.000 livres sterling, tandis que le domaine
des rois de France à la même époque, quoique géré avec
économie, ne donne guère qu’une recette de 6 millions de
livres tournois. Ailleurs, dans les Deux-Siciles, les rois nor-
mands ont su, un moment, se constituer un ensemble
de ressources territoriales qui les fait figurer au second
rang parmi les princes d’Occident les plus riches. II a été
facile aux souverains espagnols de s’en créer de semblables,
sous le nom de realengos, par la conquête. Mais, comme
les biens des féodaux, ceux des princes se sont le plus
souvent amoindris par le jeu incessant des concessions
de fiefs ou par l’incurie de l’administration de leurs déten-
teurs. Ce fut en particulier le cas des domaines royaux
(känigshufen, reichsgäter), d’abord si nombreux, dont dispo-
sèrent les dynasties germaniques et qu’elles dilapidèrent
avec tant d’imprévoyance.
Les domaines seigneuriaux et les terres nobles. — Les
biens de là noblesse occupent le reste du sol de l’Occi-
dent. Ils forment l’ensemble des fiefs et le fief consiste