L’ESSOR DU COMMERCE 211
à ceux de la Manche et de la mer du Nord, ainsi qu’à ceux
des régions rhénanes et rhodaniennes, ces assises commer-
ciales attirèrent les marchands en gros, les colporteurs de
toutes les nations européennes, depuis les Levantins, les
Italiens et les Espagnols, jusqu’aux Flamands, aux AÂlle-
mands, aux Anglais, aux Écossais, sans compter les Fran-
çais. Pourvues de privilèges précieux, mises sous la pro-
tection spéciale de l’Église, des princes, des comtes de Cham-
pagne, elles garantissent au commerce la sécurité des
voyages et des transactions. On fournit des guides et des
escortes aux caravanes. On frappe des peines spirituelles et
d’une sorte d’interdit commercial quiconque entrave les
mouvements'des voyageurs qui s’y rendent. Une organi-
sation officielle, sous la direction d’un chancelier ou garde
des foires, assisté d’échevins, de notaires, de courtiers, de
mesureurs, de crieurs, de porteurs, de sergents, y assure le
maintien des privilèges et du bon ordre. Ces foires sont des
lieux d’asile pour le commerce international, des entre-
pôts où les marchandises bénéficient de tarifs réduits et
où les transactions de tout ordre s’exercent avec une pleine
et entière liberté. Les marchands de toute nation et même
de toute religion y sont à l’abri des droits abusifs d’au-
baîne et de représailles, de l’exécution pour dettes et de la
contrainte par corps. Ils y peuvent vaquer librement à
toutes sortes de trafic, même à celui de l’argent. Le sceau
du garde des foires garantit l’authenticité de leurs contrats
que les notaires rédigent sous l’autorité du chancelier.
Une juridiction spéciale prompte et expéditive s’adapte à
leurs besoins.
Dans les villes champenoises, où se rendent les cara-
vanes des marchands, parmi lesquels dominent les Ita-
liens et les Flamands groupés sous l’autorité de leurs
consuls ou capitaines, d’immenses caves à plusieurs étages,
vraies cités souterraines, des galeries à piliers massifs sem-
blables aux sowks ou bazars d’Orient, reçoivent les mar-
chandises qui s’entassent en piles énormes. Pendant buit