Full text : Le travail dans l'Europe chrétienne au moyen âge (Ve-XVe siècles)

ÉVOLUTION DU COMMERCE ET DE L’INDUSTRIE 373

Les bourgeois capitalistes en arrivent à égaler et même à
dépasser les magnats de l’aristocratie foncière. Un marchand
 et banquier florentin, Cosme de Médicis, laisse en
1440 une fortune de 225.000 florins d’or, supérieure à celle
de nos princes apanagés. Le banquier lucquois Dino
Rapondi avance en une fois au duc de Bourgogne 2 millions
 de francs, et le célèbre mercier Jacques Cœur, argentier
 de Charles VII, amasse 27 millions de francs de capitaux,
 moins encore que le surintendant Pierre Rémy,
auquel on attribua, autemps de Philippe VI, 57 millions
de francs de biens. Dans la seconde moitié du xvè siècle,
les marchands capitalistes de Nuremberg et d’Augsbourg
vont arriver à se constituer des fortunes de 3 millions et
demi à 5 millions de francs, déjà à demi amassées dans la
première moitié de ce siècle, où un certain nombre d’entre
eux possédaient chacun 10.000 à 15.000 florins de revenu,
au temps où commença l'ascension des dynasties bourgeoises
 des Fugger et des Baumgartner, des Hochstetter
et des Hervarth.
Ils doivent leurs succès à leur intelligence des affaires,
à leur activité ou à leur audace, à l’esprit d’entreprise
 qui les pousse à guetter toutes les sources de
profit. Ils accumulent entre leurs mains les rentes foncières.
 Ils accaparent la majeure part de la propriété bâtie
urbaine, qui, à Venise en 1420, représentait un capital de
près de 100 millions de francs. Ils achètent les seigneuries
et les terres dans les campagnes. Mais ce sont surtout les
entreprises bancaires, commerciales et industrielles qui
les enrichissent. Par leurs associations, ils sont les maîtres
du crédit et de l'argent, et ils commencent même à
drainer l’épargne des particuliers, sous prétexte de la faire
fructifier. Ils monopolisent le grand commerce international,
 le trafic des produits de consommation courante
et de luxe, blé, poisson, vin, bétail sur pied, épices. Ils
multiplient les spéculations sur les matières premières
nécessaires à l’industrie et sur les produits fabriqués, sur
            
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