PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
Mais tout change du jour où l’ouvrier peut constituer une
association avec ses camarades du même corps de métier,
car l’égalité de situation se trouve rétablie jusqu’à un certain
point :
1° Parce que l’association donne à l’ouvrier le moyen de
refuser son travail en le soutenant pendant ce temps à
l’aide des cotisations des associés. Si l’association a des
fonds suffisants, elle crée une caisse de chômage pour
empêcher ces capitulations par la famine dont nous venons
de parler ;
9° Parce qu’elle solidarise tous les ouvriers d’une industrie,
en sorte que le patron ne peut plus traiter avec un seul
mais avec tous. Au contrat de salaire individuel, qui n’a que
l’apparence d’un contrat, vient se substituer le contral
collectif;
30 Parce qu’elle leur procure au bureau de renseignements
et des directeurs compétents et exprimentés, capables de se
rendre compte de la situation aussi bien que les patrons
eux-mêmes, et qui empêchent les ouvriers de faire de fausses
manœuvres.
Donc, aux économistes qui déclarent qu'il n’ st pas au
pouvoir des syndicats ouvriers de fixer un taux des salaires,
il faut répondre qu’ils n’ont pas cette prétention, mais qu’ils
veulent seulement obtenir le salaire tel que le comporte l’état
général du marché — et non plus tel que le leur imposaient
certaines circonstances accidentelles et perturbatrices, par
exemple le fait de n'avoir pas diné, ou d’avoir une nom-
breuse famille à nourrir.
Pourtant ce droit de s’entendre et de s’associer, les
ouvriers ne l’ont‘conquis que récemment.
Sans doute, les associations professionnelles ouvrières
remontent loin — non aux corporations du moyen âge qui
n’étaient généralement composées que de maîtres (les maî-
trises) et dont il faudrait plutôt chercher les successeurs dans
les syndicats patronaux d’aujourd’hui — mais aux compa-
gnonnages et, par delà le moyen âge, aux associations
ouvrières de Rome et de l’antiquité. Mais cette institution
580