109 —
Cependant, Gilles Normand ! estime que les sociétés
à succursales multiples correspondent à un besoin :
« Les maisons à succursales sont nées parce qu'elles
»répondaient à des besoins nouveaux ; elles se dévelop-
> peront parce que, à la faveur du cataclysme mondial,
» les besoins se sont accentués. La hausse des salaires
>» accroissait le pouvoir de consommation ; le désir de
» bien-être et de faux luxe a envahi les couches profon-
» des de la société. De plus en plus, les rouages sociaux
» inutiles tendent à disparaître, à s’éliminer » ?,
Le même auteur leur attribue une valeur éducative,
si l'on peut dire :
« Que les succursales d’une firme alimentaire s’ins-
» tallent, et, bientôt, l’on ne verra plus, chez maints épi-
» ciers, les denrées mélangées sans ordre sur les rayons :
»le pétrole à côté du café, par exemple. Si ce n’est le
» pétrole, ce peut être le fromage, et cela ne vaut guère
mieux. Le petit commercant, pour secouer ses négli-
s gences, a besoin du coup de fouet de la concurrence,
» comme, souvent, il n’a point été préparé à l’exercice de
> la carrière qu’il a embrassée, s’il se perfectionne, c’est
» davantage par imitation, quand sa prospérité est me-
> nacée, que par intuition » 3,
Le système des sociétés à succursales multiples est en
pleine période d’extension. Cela tient au fait que le ca-
pitalisme, qui avait d’abord laissé de côté, plus ou
moins, le commerce des denrées alimentaires, s’y jette
aujourd'hui avec vigueur, les autres filons commen-
cant à s’épuiser *, 5.
* Gilles Normand, Le Grand Commerce de détail.
? Op. cit, p. 107.
* Op. cit, p. 105.
* Cf. notre note 1 page 100.
*«Nous remarquons pendant les dernières années une
» concentration très forte dans ce commerce de détail.»
Celui des denrées alimentaires). Extrait d’une lettre de
M. Stauff, directeur de l’Office municipal de statistique de
Strasbourg, du 8 novembre 1928.