Au fond, toutes ces guerres n’étaient que des luttes sanglantes
pour la liberté spirituelle contre l’asservissement de l’âme, emprisonnée
par le dogme inintelligible. Dans ce temps reculé et sombre, c'était un
dogme de droit divin de dicter ce que l’on devait penser dans l’ordre
spirituel et moral. De là est issue la doctrine théocratique que, pour dominer
les hommes, il faut avant tout dominer leurs âmes; on ne concevait
pas autrement la sécurité de l’Etat, ni même son existence. C’est la
théorie qui a fait le Pape supérieur aux rois et empereurs. Toute personne
qui se révolte contre la séquestration de la raison humaine, faisant
de l’homme un esclave sans âme ni conscience, avant d’en faire un
esclave tout simplement, était coupable de haute trahison envers sa
Patrie et envers l’Eglise qui s’identifiait avec l’Etat et s’arrogeait seule
le droit de le défendre. L'Eglise prétend s’ériger encore en une autorité
spirituelle directrice des consciences pour le salut de leur âme. C'est
ainsi qu’elle représente la puissance la plus formidable qu’on ait jamais
vue, commandant aux âmes; il ne doit exister aucune vérité religieuse,
morale ou scientifique, autre que la sienne.
Cette mentalité moyenageuse passa de l’Europe occidentale en
Orient par l’entremise du patriarche de Constantinople, sans obtenir le
même succès. Mais que ce soit à Constantinople ou à Rome, on était
convaincu que répudier la religion, qui ne pouvait être que celle de
l’Etat, constituait un crime contre la sûreté de l'Etat, le crime de lèse
majesté par excellence, puni par la peine capitale et expié dans les
flammes du bûcher. C’est ainsi qu’on arriva d’erreur en erreur à l’idée
monstrueuse de la Sainte inquisition et de ses tortures. C’était une aberration,
pourtant conséquence logique du dogme, que pour assurer son
salut au ciel, on faisait mourir un chrétien dans des souf!rances cruelles, en
le proclamant traître à sa Patrie. Toutes les chroniques du moyen âge
sont marquées des traces sanglantes des milliers de martyrs qui périrent
dans les flammes pour un élan de leur âme vers la liberté de la conscience
humaine.
Pourtant, tout n’était pas faux dans ces errements criminels. Il y
avait là une part de vérité, qui garde sa valeur de toujours. On croyait
que pour asservir un individu, ainsi qu’un peuple, il fallait tout d’abord
s'emparer de son âme et de sa conscience : le teste vient de soi-même.
Cependant si l’idée est juste, les moyens -pour l’imposer étaient inhumains
et n’ont pas réussi à la faire triompher.
Dans ces luttes contre l’obscurantisme, l’idée de la nationalité,
inconnue aux anciens, allait naître et se propager au cours du moyen
âge pour-se cristalliser vers la grande révolution française, par le travail
des encyclopédistes. La paix de Westphalie marquait un grand progrès
vers la liberté confessionnelle. Cependant, une longue période de temps
s'écoule avant qu’on arrive à la véritable liberté religieuse: C’est l'ère des
guerres religieuses qui remplissent le XVII-ème et 1e XVIII-ème siècles, d’où
sortira finalement la liberté de conscience, prodrome du droit de nationalité.
On en trouve les vestiges déjà au XVI-me siècle chez les Saxons de
Transylvanie, les Hongrois d’Autriche, les Juifs de Pologne et les
peuples chrétiens dans l’empire des Sultans. Ici les diverses com-