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mée bulgare, acculée, contre attaque ; la Roumanie entre dans le jeu
et occupe la Bulgarie; la Turquie reprend Andrinople. Luttant à un
contre quatres, la Bulgarie est terrassée et trainée mains et pieds liés à
Bucarest, où elle dut signer tout ce qu’on exigea d’elle: le démembrement
des pays bulgares. Pour couvrir le cris déchirant des victimes, on
proclamait les Bulgares parjures, on dénonçait la trahison bulgare pour
mieux les dépouiller, avec force fleurs rhétoriques sur le noble rôle des
Roumains.
Félonne, la Bulgarie ne l’a pas été, ce n’est pas sa spécialité; parjure
non plus, aux autres cette gloire! Mais fautive envers ses propres
intérêts, oui; qu’il y ait eu beaucup d'ambition chez son roi Ferdinand
on en conviendra, mais la plus grande partie de la responsabilité de
cette guerre fratricide revient à l'arbitre, Nicolas Il de Russie, esprit
faible et versatile qui ne sut pas s’interposer à temps pour éviter la
guerre. En définitive, la Bulgarie tomba dans un guet-apens prémédité
provoqué par ses alliés et fut considérée comme seule responsable.
C'était là une hypocrisie flagrante. La guerre intéralliée, commencée le
16 juin 1913, se termina par la banqueroute totale de l’idéal bulgare,
au nom duquel fut commencé en 1912 la guerre contre les Turcs. Serbes,
Grecs, Montenégrins et Roumains se jetèrent sur la Bulgarie en
désarroi et la trainèrent à Bucarest pour signer la paix du 28 juillet (10
août) 1913. Tous la dépouillaient de ses nouvelles acquisitions. La
Roumanie arrivait comme un tiers larron, se taillant, sans coup férir, un
gros morceau — la Dobroudja Bulgare, la ligne Toutrakan— Dobritch—
Baltchik, avec 310.000 habitants; la Grèce s'adjugeait Epire, Salonique,
Serrès et Cavala, aproximativement 200.000 Bulgares. La Serbie enlevait
le plus grand morceau de la Macédoine avec 960.000 Bulgares.
En dernier lieu, les Turcs — les vaincus — déchiraient le traité
de Londres et s’empressaient de reprendre Andrinople.
La procession des réfugiés bulgares reprit de tous les côtés: il
en vint du nord, du sud, de partout. De nouveau la Bulgarie fut inondée
par une masse de misérables, exténués, dénudés, affamés, ayant tout
abandonné pour sauver le seul bien qui leur restait: la liberté de se
dire Bulgares.
Pour tout le peuple bulgare c’était une vraie catastrophe, La guerre
balkanique entreprise pour l’affranchissement des chrétiens s’acheyait
par la négation complète du principe de nationalités remplacé par celui
de l’équilibre balkanique, faux et factice; on n’y parle que d’équilibre
et sur ce principe, on démembre les bulgares, on crucifie la Macédoine et
ta Dobroudja; on dépèce le cadavre pantelant de la Bulgarie et on appelle
ce crime, ironie amère, l'équilibre balkanique !“
C’est ainsi qu’au prix d’une trahison envers la Bulgarie, Serbes
et Grecs s’installèrent en Macédoine; les Roumains usurpèrent la Dobroudja
et en devinrent les maîtres.
Le ressentiment des bulgares contre cette injustice criante fut si
grande que la guerre de 191 4 leur apparut comme une occasion de reprendre
ce qu’on leur avait ravi par la trahison. Dans une attitude de neutralité
et d'attente, la Bulgarie négociait avant de se décider. L'Entente n’ayant