Full text : Les droits des minorités bulgares et la Société des Nations

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A Berlin, pour les exigences de la politique anglaise et sous le
patronage de Bismark, sa tragédie recommence. La Bulgarie de San-Stéfano
 est démembrée en Principauté de Bulgarie, Roumélie orientale,
Dobroudja roumaine, Thrace, et Macédoine rétrocédée aux Turcs. La
Bulgarie issue des œuvres de Berlin n’est qu’un paradoxe avec ses cinq
lambeaux pantelants destinés à devenir une proie facile de-ses voisins;
un Etat factice et inachevé. L'œuvre néfaste du congrès de Berlin fut
surtout ressenti par les Bulgares macédoniens abandonés à un régime de
terreur et de massacres. Il est vrai que la Turquie prenait l'engagement
— qu’elle ne devait jamais tenir — de donner, sous le contrôle du
»Concert européen“, une sorte d'autonomie à la Macédoine. C’était une
anticipation sur cette protection par la S. D. N. dont les Macédoniens sont
les victimes depuis 1919.
Le démembrement du peuple bulgare à Berlin ne l’affecta pas
dans ses œuvres vives; les frontières séparant ses lambeaux étaient fictives
 entre des Bulgares culturellement unis. Et ce n’était pas un vain
mot: jusqu’à 1912, ce fut une réalité sous l’autorité du chef spirituel du
peuple bulgare, l’Exarque de Constantinople. Les Bulgares de toutes
les régions tendaient vers lui les bras, dans uñe impulsion irrésistible,
vers le chef, symbole vénére- de la nationalité bulgare.
Dès le premier jour de sa renaissance, le peuple bulgare se lance
de toutes ses forces vers la conquête d’une Bulgarie intégrale et indivisible.
 En 1885 fut proclamée l’union avec la Roumélie orientale. À
ce moment, les Serbes poussés par l'Autriche attaquèrent la Bulgarie
à l’Ouest pour obtenir des compensations. Ceux qui paradent toujours
de slavisme, trouvent le moment propice pour attaquer leurs frères quand
ceux-ci sont loin, à la frontière turque, pour défendre l’union des deux
Bulgaries. Milan Obrénovitch battu à Slivnitza, prit la fuite à la tête de
son armée débandée et ne fut sauvé que par l'intervention opportune de
l’Autriche-Hongrie. Ensuite une convention spéciale fut*conclue avec la
diplomatie viennoise qui poussa le roi Milan chercher des compensations
en Macédoine.
Le succès de la jeune principauté de Bulgarie était une cause
des malheurs qui s'abattirent sur la Macédoine. Rendus à la Turquie, les
Bulgares macédoniens eurent à subir les pires méfaits; mais ce n’est
qu'après l’union de la Roumélie Orientale que le joug turc s’appesantit.
 Leur seul refuge fut la Bulgarie libre qui ouvrait ses bras à ses
frères. Pour échapper à la terreur turque, pour fuir les prisons, l’exil et
la potence, le seul moyen de salut était de passer clandestinément la
frontière. La Bulgarie libre est inondée par des émigrés. L’infiltration
se faisait par tous les ports de la frontière fictive qui s'élevait entre les
Bulgares des deux côtés. Le flot des emigrés augmentait chaque jour et
envahissait la Bulgarie, le pays de refuge par excellence; c'était de
longues processions qui continuent de nos jours encore, une vraie calamité
 pour la Bulgarie, et on se demande pourquoi tous ces , purs serbes
de la Serbie du Sud“, tous ces ,Grecs bulgarophones“, au lieu de se
diriger vers leur ,mère-patrie“, choisissaient des sentiers menant en
Bulgarie, attirés par une force irrésistible, la même que celle que l’aimant
            
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